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Sénégal Liens entres syndicalistes sénégalais et français des télécoms

mise à jour : avril 2006

 

 

Des liens entre syndicalistes français et sénégalais du secteur des télécommunications se sont tissés après la prise de contrôle par France Télécom de la Sonatel qui a coïncidé avec la privatisation de l’opérateur historique du Sénégal en juillet 1997.

N’étant pas parvenus à empêcher cette nouvelle mainmise néocoloniale, il est de notre devoir, syndicalistes français, de considérer les salariés de cette entreprise comme des collègues, et de se battre avec eux au coude à coude.

Il faut pour cela savoir ce qui se passe dans cette filiale, en informer les salariés français, et soutenir les luttes qui s’y déroulent.

 

Une première étape décisive dans la constitution de ces liens a eu lieu en 2000. Les salariés de la Sonatel ne parvenaient pas à obtenir la satisfaction de certaines de leurs revendications. Trois représentants de l’intersyndicale étaient alors venus à Paris où se réunissait (comme au bon vieux temps des colonies) le Conseil d’administration de leur entreprise. Répondant à leur demande, quelques militant(e)s de SUD et de la CGT étaient venu(e)s les soutenir avec banderoles et tracts devant l’entrée de l’immeuble où se tenait cette réunion. Suite à cette action de solidarité dont la presse s’était opportunément emparée, nos collègues sénégalais(es) ont pu obtenir une augmentation considérable de leur rémunération.

 

Environ deux ans plus tard, SUD-PTT avait invité à un débat (1) un représentant de l’Intersyndicale de la Sonatel. Lors de son intervention, celui-ci ne cessait de parler de “la bataille de Paris”. Au début nous ne comprenions même pas de quoi il parlait. Au bout d’un moment, nous avons réalisé qu’il s’agissait en fait de la solidarité tout à fait élémentaire que nous leur avions apportée deux ans plus tôt. Nous n’aurions jamais imaginé que le peu de choses que nous avions fait ce jour-là aurait eu une telle efficacité.

 

Une deuxième étape de la constitution de liens entre SUD-PTT et les syndicalistes sénégalais s’est déroulée en 2003 lors du Forum Social Européen de Paris-Saint- Denis où SUD-PTT avait organisé un séminaire sur l’évolution du secteur des télécoms en compagnie de militants syndicaux et associatifs de plusieurs pays, dont un syndicaliste sénégalais du SYTS (2). Il en a notamment résulté la décision d’organiser (3) :

 

 

La troisième étape a eu lieu en mai 2004 où, comme prévu au FSE, deux militant(e)s de SUD-PTT, ont été royalement et chaleureusement reçu(e)s à Dakar par l’intersyndicale de la Sonatel, la filiale sénégalaise de France Télécom. Le récit qui suit est tiré du journal aux adhérents de SUD-PTT (4).

 

LES RENCONTRES DE DAKAR DE MAI 2004

 

Leur objectif était d’échanger les expériences de luttes syndicales dans le secteur des télécommunications, de construire une solidarité internationale concrète, de jeter les base d’un futur comité de groupe “monde” sur la multinationale France Télécom. Les patrons s’organisent depuis longtemps à l’échelle mondiale, leurs capitaux n’ont pas de frontières, il est temps que les syndicalistes fassent de même !

 

UN ACCUEIL FESTIF ET COMBATIF

 

Le samedi 8 mai, dès le lendemain de notre arrivée, nous avons été invités à une assemblée générale des adhérents et adhérentes du SYTS, syndicat des travailleurs de la Sonatel, majoritaire dans l’entreprise. Les responsables du syndicat ont exposé et échangé sur leurs différentes revendications et négociations en cours. C’est ainsi qu’au départ, un peu dépaysés, nous avons découvert que la revendication, “la retraite à 60 ans», signifiait de fait pour eux un allongement de la durée du travail. En effet, aujourd’hui, la retraite est imposée à 55 ans pour un revenu de moins de 30 % du salaire. Donc, pouvoir travailler 5 ans de plus à salaire plein est vital pour se prémunir de la misère totale pendant la retraite…

Nous avons eu l’occasion d’ailleurs d’expliquer ultérieurement que le combat sur les retraites en France un an auparavant avait cependant avec le leur un point commun fondamental : celui de résister aux tentatives du patronat d’imposer des retraites au rabais.

 

LES PREOCCUPATIONS DE L'HEURE

 

L’assemblée des salarié(e)s de la Sonatel comprenait une majorité de femmes et la discussion qui s’est engagée à l’issue des présentations nous a immédiatement permis de comprendre les préoccupations de l’heure.

RENCONTRE AVEC DES SYNDICALISTES

 

Les jours suivants ont été consacrés à des rencontres successives : d’abord avec les responsables de l’intersyndicale, puis avec la direction du SYTS, celle du SNTPT et celle du SYNES (voir encadré).

A la demande de nos hôtes, nous avons développé les questions suivantes : situation du groupe France Télécom, évolution et perspectives, la problématique des politiques de libéralisation dans le secteur des télécommunications, délocalisations et centres d’appels dans l’ensemble du monde, situation syndicale en France et coopération possible des syndicats dans l’ensemble du groupe France Télécom à l’échelle mondiale. De leur côté, outre la présentation de leur propre organisation syndicale, ils ont développé leurs analyses de la situation des télécoms au Sénégal, celle de la situation syndicale au Sénégal et, plus généralement, les problèmes de retraite et de protection sociale.

 

 

LE SYNDICALISME À LA SONATEL

 

Le taux de syndicalisation nous fait rêver : 89,55 % du personnel est syndiqué. La Sonatel compte trois syndicats :

  • Le SYTS (syndicat des travailleurs de la Sonatel) qui, avec 802 adhérent-es, représente 63,2 %. Ce syndicat est affilié à la centrale CNTS (Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal). Le secrétaire général du SYTS est Ibrahima Konte.
  • Le SNTPT (Syndicat National des Travailleurs de la Poste et des Télécommunications) qui compte 404 adhérent-es à la Sonatel, et y pèse 31,8 %. Le SNTPT est ultra dominant à la Poste. Il est affilié à l’UNSAS (Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal). Le secrétaire général du SNTPT est Gabou Guèye, par ailleurs représentant de UNI Afrique.
  • Le SYNES (syndicat des cadres et du personnel d’encadrement de la Sonatel) a une quarantaine d’adhérent-es et est affilié à une centrale de cadres, la COGES, qui n’a pas le poids des deux autres centrales syndicales.

Les organisations syndicales bénéficient de subventions financières mais pas d’heures de délégation au titre du syndicat. Il n’existe pas de CE mais seulement des délégués du personnel (DP). Il n’existe pas de sécurité sociale dans le privé et les entreprises ont chacune leur propre Institut de Prévoyance, financé par les cotisations des salariés et celles de la Sonatel.

 

 

UNE UNITÉ SYNDICALE FORTE

 

Les trois organisations syndicales de la Sonatel (voir encadré) fonctionnent en intersyndicale et cherchent, à chaque fois que possible, à privilégier l’expression, les communiqués et les actions communes. Ils ont longuement parlé de l’importance de cette unité : le SYTS, syndicat majoritaire, explique en particulier le danger que représenterait une politique sectaire des syndicats dominants à l’égard des moins influents, et l’erreur que ce sectarisme représenterait pour les travailleurs. L’unité est un combat volontariste que les syndicalistes de la Sonatel doivent en partie à la volonté politique de leurs responsables, et tout particulièrement du secrétaire général du SYTS.

La direction générale de la Sonatel, que nous avons également rencontrée avec les syndicalistes , se montre elle-même impressionnée par ce front syndical et par son efficacité. La situation en France est malheureusement très loin de cette réalité, l’unité syndicale faisant encore figure d’exception à France Télécom.

 

UN COMITÉ DE GROUPE "MONDE"

 

L’un des points forts de la conférence de presse qui a clos notre séjour, point repris le lendemain par toute la presse de Dakar, a été notre plaidoyer commun en faveur de la mise en place d’un comité de groupe "monde" sur la multinationale France Télécom. En effet, nous avons longuement expliqué la mise en place du comité de groupe européen, mise en place à laquelle la direction du groupe avait été contrainte par les directives de l’Union Européenne. Mais nous avons aussitôt ajouté que cette structure était largement insuffisante puisqu’elle reposait sur les représentants du personnel des filiales installées dans les pays de l’UE. Ainsi, les filiales des autres pays du monde, et même celles qui comme Orange Suisse appartiennent à des pays européens non membres de l’UE, n’avaient pas la possibilité de désigner des représentants du personnel. Or, la direction du groupe présenterait au comité de groupe européen ses orientations stratégiques et financières, ses projets concernant l’emploi, etc.. La politique du groupe (et singulièrement le plan d’austérité) est déclinée dans tous les pays…

C’est la raison pour laquelle le communiqué commun (5) déclare :

« Constatant leurs intérêts communs dans le cadre de la multinationale France Télécom, les organisations syndicales s’engagent à promouvoir ensemble le développement de contacts réguliers entre les représentants du personnel de toutes les entités du groupe en vue de coordonner le débat et l’action syndicale. Dans l’objectif de mettre en place, dans les meilleurs délais, un comité de groupe "monde" à France Télécom, SUD-PTT d’une part, et l’Intersyndicale d’autre part, s’engagent à promouvoir toutes les rencontres nécessaires à la réalisation de cet objectif ».

 

 

LA PRIVATISATION DE LA SONATEL

La Sonatel a été privatisée en 1997 et cotée pour la première fois à la bourse régionale des valeurs mobilières dont le siège est à Abidjan (Côte d’Ivoire), en octobre 1998. Le capital de la Sonatel est réparti comme suit : 42,33 % à France Télécom, 27,67 % à l’État, 20 % aux petits actionnaires et actionnaires institutionnels, 10 % aux salariés.

 

 

 

 

LA SONATEL EN CHIFFRES (DÉCEMBRE 2002)

  • 1 417 employés en activité dont : 330 cadres, 424 haute-maîtrise, 663 ouvriers, employés et maîtrise ordinaire ;
  • 361 femmes, dont 20 % sont cadres, 31 % haute maîtrise, 44 % maîtrise ordinaire, 5 % ouvrières et employées. Le taux de féminisation est variable selon les services, plus fort dans les services commerciaux et administratifs que dans les services techniques.
  • L’âge moyen est de 43,5 ans ce qui traduit le faible recrutement ;
  • Le salaire moyen mensuel brut est de 655 192 francs CFA, soit environ 1 000 euros avec des disparités importantes selon les catégories : 398 702 francs CFA (600 euros) pour les ouvriers et employés, 1 116 129 francs CFA (1 700 euros) pour un cadre.
 

 

 

Notes

1) http://www.sudptt.fr/IMG/pdf/1464.pdf

2) SYTS (Syndicat national des travailleurs de la Sonatel) est le premier syndicat de la Sonatel, http://www.sudptt.fr/IMG/pdf/1628.pdf

3) http://www.sudptt.fr/IMG/pdf/2867.pdf

4) «Les Nouvelles du SUD», n° 136, mai-juin 2004

5) http://www.sudptt.fr/IMG/pdf/3185.pdf

 

Sur le thème des télécommunications, voir aussi

Agir au sein d’une multinationale : l’exemple de France Télécom

Échec à la mise en faillite de MobilCom (Allemagne)