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Russie

Panorama syndical

David Mandel*

mis en ligne : 31/01/2007

 

Population : 142,8 millions (soit 2,4 fois celle de la France).

Population économiquement active : 73,8 millions.

Nombre de syndiqués : environ 29 millions (dont environ 4 millions de non-salariés (étudiants et retraités).

Taux de syndicalisation : 35 à 40 %.

 

Depuis la chute de l’URSS, le taux de syndicalisation n’a pas cessé de baisser. Il est passé de 70 % à 35-40 %, en grande partie à cause de la dépression entraînée par la “thérapie de choc” : le PNB a chuté de 42,5 % entre 1990 et 1998. La plus grande partie de la main-d’oeuvre des entreprises et des institutions, tant publiques que privées, héritées de la période soviétique est encore syndiquée. Par contre, le syndicalisme est quasi-absent des entreprises créées depuis la chute de l’URSS. Là, c’est le règne quasi-illimité de l’arbitraire patronal. Enfin, les femmes constituent la majorité des syndiqués, mais elles sont très sous-représentées aux niveaux supérieurs de la direction syndicale.

Les différentes centrales syndicales

La Fédération des syndicats indépendants de la Russie (FNPR)

28 millions d’adhérents, mais ce chiffre est sans doute exagéré.

Cette confédération a été fondée en 1990 et regroupe plus de 90 % des syndiqués de Russie. Elle a succédé du point de vue organisationnel et idéologique à la défunte fédération soviétique des syndicats. A part sa taille prépondérante, la FNPR se distingue des autres centrales par la subordination de fait de ses affiliés à la direction des entreprises et par sa propre subordination au pouvoir politique. Le personnel gestionnaire des entreprises, parfois aussi le directeur-général lui-même, est normalement membre du syndicat et le domine, désignant et démettant les dirigeants syndicaux à son gré, malgré la formalité des élections. L’arme politique de la FNPR, l’Union du travail, est membre de la coalition qui constitue Edinaya Rossiya (la Russie unie), le parti du pouvoir (voir note après cet article). Ce parti, actuellement majoritaire au Parlement, est entièrement loyal au Président Poutine et à son gouvernement. La FNPR est affiliée à la la confédération internationale CISL (1). Dix-neuf des organisations sectorielles affiliées à la FNPR sont membres de Secrétariats syndicaux internationaux (2).

 

Les autres centrales syndicales

Au total entre 1 et 3 millions d’adhérents.

Il existe quatre autres centrales beaucoup plus petites (et quelques autres de taille minuscule). Elles ont été pour la plupart fondées depuis la chute de l’URSS. Elles affirment avoir ensemble trois millions de membres, mais moins d’un million est un chiffre plus proche de la réalité.

La création des ces centrales a été motivée principalement par le désir de leurs membres de s’organiser indépendamment de la direction des entreprises. Ces syndicats n’admettent dans leurs rangs que des salariés ayant au maximum le grade de d’agent de maîtrise). Depuis quelques années ils prennent également leur distance vis-à-vis du pouvoir.

Par contraste avec les syndicats affiliés à la FNPR, relativement peu des syndicats affiliés aux autres centrales sont majoritaires parmi le personnel des entreprises où ils sont implantés, ce qui est la condition pour négocier une convention collective. Parmi les exceptions il y a des syndicats de débardeurs, de pilotes d’avion, de contrôleurs aériens. On trouve également de tels syndicats dans certaines houillères comme le complexe minier Norilsk Nikel, l’usine Ford près de Saint-Pétersbourg ou parmi les employés des lignes aériennes de Bachkirie (3).

 

* David Mandel est professeur de sciences politiques à Montréal (Canada). Il y est notamment spécialisé dans l’étude des pays issus de l’ex-URSS. Il est par ailleurs membre de l'exécutif du Syndicat des professeurs de cette Université, et délégué au Conseil central de Montréal de la Confédération des syndicats nationaux (CSN). David Mandel participe par ailleurs en Russie et en Ukraine à l’animation de l’École de la démocratie ouvrière, une institution non gouvernementale de formation syndicale. Il participe également à l’édition du bulletin Le Messager syndical, un bulletin d’informations sur le mouvement syndical en Russie.

 

Notes

(1) CISL : une des confédérations syndicales mondiales ayant cédé place en novembre 2006 à la Confédération syndicale internationale (CSI) http://fr.wikipedia.org/wiki/Confédération_syndicale_internationale

(2) Sur les secrétariats syndicaux internationaux voir l’article de Jean-Marie Pernot http://www.ires-fr.org/files/publications/chronique%20internationale/chroniqueires.htm  (n°80, janvier 2003).

(3) Bachkirie : située au sud de la Russie d’Europe et peuplée de 4,1 millions d’habitants.