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Réunions internationales

Forum social de Bamako

 

Janvier 2006

mise en ligne : 2/1/2007

 

Forum Social Mondial de Bamako (janvier 2006)

 

Pour 2006, le choix avait été retenu par le Conseil international du FSM de tenir celui-ci sous la forme d’un FSM polycentrique, c’est-à-dire dans trois pays différents (Mali, Venezuela et Pakistan). C’est Bamako qui a ouvert le processus du 19 au 23 janvier. Alors même que le débat était ouvert sur le rythme des FSM (tous les ans ou tous les deux ans), le compromis avait consisté à expérimenter cette forme « polycentrique » en 2006. Il s’agissait aussi de répondre aux demandes des mouvements sociaux africains qui souhaitaient engager rapidement le processus du FSM sur leur continent. Il faut rappeler que le continent africain était peu présent dans le processus du FSM jusqu’à maintenant. C’est dire combien il était important de réussir ce FSM de Bamako.

La délégation de Solidaires à Bamako était composée de 6 personnes : Alasanne (SUD Michelin), Thierry (secrétariat national – SUD Santé Sociaux), Frédéric (SUD PTT), Nelly (SUD PTT – Marche mondiale des femmes), Nicolas (SUD PTT), Annick (secrétariat national – SUD PTT). Ce texte est issu du compte-rendu de leur voyage.

 

Le continent africain est en première ligne dans la mise en oeuvre des politiques libérales impulsées par les institutions internationales comme la Banque mondiale ou le FMI. Ces politiques se traduisent par les « plans d’ajustement structurels » ou la question de la dette, mais aussi par les négociations en cours à l’OMC (comme la libéralisation de la production cotonnière qui va ruiner les petits paysans, en particulier au Mali). Le continent africain, c’est aussi la question des conflits armés, le rôle et la concurrence des grandes puissances pour instrumentaliser des chefs d’État corrompus et s’accaparer les richesses.

Il y avait donc urgence à intégrer les mouvements sociaux africains dans le processus des forums sociaux mondiaux, d’autant que ces mouvements sociaux sont nombreux et très actifs, même si leur visibilité internationale est faible.

L’enjeu de ce FSM de Bamako était donc bien de réussir un élargissement géographique (le continent africain) et un élargissement social (de nouveaux mouvements sociaux). Le choix du Mali permettait de rendre visible la contradiction fondamentale vécue par bon nombre d’autres pays africains : c’est l’un des pays les plus pauvres du monde, et c’est pourtant un pays producteur de matières premières importantes comme l’or et le coton…

L’organisation du FSM au Mali

Le comité d’organisation du FSM de Bamako reposait sur 305 organisations. Certaines sont connues dans le mouvement altermondialiste à travers des figures emblématiques comme Aminata Traoré (ancienne Ministre de la culture), mais il existe aussi de nombreux autres réseaux, très ancrés parmi les populations locales comme le CAD Mali (Comité pour des alternatives et le développement au Mali) dont Aminata Touré Barry est une représentante au Conseil international du FSM.

Ce comité a travaillé en lien avec le Secrétariat international du FSM pour mettre sur pied l’initiative de Bamako : les discussions internes au Comité malien, comme les discussions avec le secrétariat international ont été l’objet de quelques tensions et ont conduit à un retard dans l’élaboration du programme.

Le déroulement concret à Bamako

Le FSM s’est déroulé sur 11 sites répartis dans toute la ville : chaque site était dédié à une question politique : contrôle des ressources naturelles, militarisation et guerre, alternatives, sociétés paysannes, libéralisme mondialisé et coopération, dette, institutions financières internationales et OMC, communication, univers des femmes, culture. Il y avait également un camp international de la jeunesse.

Compte tenu des distances entre les sites et des difficultés de circulation à Bamako (il n’existe en effet pas vraiment de transports en commun à part les minibus locaux, les fameux « Sotrama », assez mystérieux dans leur fonctionnement quand on n’est pas de Bamako), la délégation de Solidaires a dû faire des choix et n’a pu être présente sur tous les sites.

Une manifestation d’ouverture s’est déroulée dans les rues de Bamako le jeudi 19 janvier, avec des délégations venues de tout le Mali et de tout le continent africain : elle a réuni entre 8 000 et 10 000 personnes.

Les séminaires se sont déroulés pendant quatre jours de 8 h30 le matin à 20 h 30 le soir.

Le lundi, une cérémonie de clôture a permis de passer le relais à la délégation du Kenya en charge d’organiser le Forum social mondial suivant à Nairobi en 2007, et qui sera centralisé sur un seul lieu.

Entre 10 000 et 15 000 personnes ont participé aux activités de ce FSM à Bamako. C’est un grand succès qui n’était pas évident compte tenu du contexte africain. La participation a été très majoritairement africaine, avec une forte présence des mouvements de l’Afrique de l’Ouest (plus francophone), mais aussi des délégations de l’Afrique de l’Est (plus anglophone), une forte présence de l’Afrique du sud (surtout des ONG) ainsi que de nombreux militants des pays du Maghreb (eux-mêmes engagés dans la construction d’un Forum social maghrébin). La présence européenne était importante, notamment de France et de l’Europe du Sud (Italie, Espagne). Pour le reste du monde, il s’agissait de délégations plus symboliques.

La recherche d’alternatives

Dans le concert de Tiken Jah Fakolly (voir encadré), comme dans le camp de jeunes, l’idée d’unité africaine est présente dans beaucoup d’esprits. La référence à Thomas Sankara (dirigeant du Burkina Faso assassiné en 1991) a marqué ce forum : pour beaucoup, il représente une alternative aux politiques libérales, à la corruption et à la division. Le fait qu’il soit pris comme référence illustre bien qu’en Afrique, comme ailleurs, la recherche d’alternatives à l’ordre économique dominant est bien présente.

Les thèmes qui ont dominé ce FSM de Bamako étaient en prise directe avec les grands problèmes vécus par les populations en Afrique:

Dans tous ces débats, il s’agissait de dénoncer les politiques libérales et ceux qui les soutiennent, mais aussi de travailler à des alternatives qui prennent en compte l’histoire et les cultures du continent africain.

Solidarité internationale

 Une petite manifestation regroupant la délégation des mineurs de la Somadex, quelques réseaux maliens et des militants français autour des No Vox a permis qu’une délégation soit reçue à l’Ambassade de France. Plusieurs problèmes ont pu être posés :

Un cas très concret a été signalé : celui de la fille d’une des familles maliennes qui a été décimée dans un des incendies parisiens de l’été 2005, à qui un visa était refusé pour aller voir son père toujours hospitalisé en France, alors même que trois personnes de sa famille sont mortes dans cet incendie.

Au retour de Bamako, Solidaires a adressé un message à l’Ambassade du Mali en France, ainsi qu’au procureur et au Président du tribunal dont dépendent les mineurs emprisonnés de la Somadex, suite aux actions qu’ils ont menées contre la politique antisociale de cette entreprise.

Les suites

Solidaires avait fait le choix de prioriser Bamako car il nous semblait que les problématiques discutées à Bamako étaient plus proches de nos propres préoccupations et qu’il y avait des liens à construire et à développer avec les mouvements sociaux africains. Il s’agissait aussi de soutenir concrètement la construction du processus du FSM sur le continent africain.

Le succès de Bamako va conforter les mouvements sociaux africains qui y ont participé. Ce succès doit permettre une préparation du FSM de Nairobi en janvier 2007 s’appuyant sur un nombre encore plus grand de mouvements sociaux africains. Ce succès va dynamiser et encourager la construction d’une convergence de mouvements sociaux en Afrique, et doit permettre de développer les liens avec les mouvements sociaux des autres continents.

Ce FSM a rendu visibles les mouvements sociaux africains : les populations africaines paient un tribut extrêmement lourd aux politiques libérales mondiales, elles subissent des politiques néo-coloniales, des dictatures et des dirigeants politiques souvent très corrompus (avec l’appui des grandes puissances). Mais l’Afrique résiste et un des grands mérite de ce FSM est d’avoir permis de donner voix et de rendre visibles ces résistances et ces solidarités.

Il est nécessaire d’approfondir la question des migrations et la politique de fermeture des frontières par l’Union Européenne (UE) pour les migrants et les réfugiés, la question des accords de partenariat de l’UE avec l’Afrique, la question paysanne et celle des subventions.

 

 

L'univers des femmes à la Cité de la culture

 

C'était un des 11 sites du FSM, situé au Sud de Bamako, au-delà du pont des Martyrs qui enjambe le Niger. Cette idée d'un site dédié aux femmes n'a pas fait, loin de là, l'unanimité des associations féministes Africaines, et surtout Maliennes. De France, nous n'avions pas compris qu'il s'agissait d'un endroit complètement indépendant qui rendrait difficile, pour celles et ceux qui s'intéresseraient en priorité aux "problèmes" des femmes d'assister aux autres débats... et d'y apporter la dimension du genre. Et vice-versa. Peut-être un manque de communication avec les associations féministes, mais aussi la difficulté inhérente à l'organisation de ce Forum.

En tout cas, cela n'a pas empêché cet espace d'être un réel succès, un espace de "proximité", occupé à plus de 95 % par des Africaines de nombreux pays, où la majorité des débats parlaient de problèmes concrets, de leurs causes et conséquences, mais aussi des multiples projets que les femmes mettent en oeuvre pour y apporter des solutions.

Loin des grands discours pré-formatés, le mouvement associatif féministe africain prouve là sa vitalité et sa proximité d'avec les femmes de la base. Les thèmes de débats étaient divers et rendaient compte de la difficulté accrue d'être femme dans un continent qui combine extrême pauvreté, violences spécifiques et coutumes ancestrales. Ont été notamment abordés :

  • la lutte contre les violences machistes, l'excision, la polygamie, la prostitution, les guerres, les maladies, l'analphabétisme ;

  • l'accès des femmes au logement et à la propriété foncière (des textes existent pourtant qui décrètent les mêmes droits à la propriété pour les hommes et les femmes) ;

  • l'économie solidaire qui renforce les capacités des femmes à la base et facilite la formation de leaders parmi les femmes ;

  • le respect des textes internationaux sur les droits des femmes ;

  • le refus de l'assistanat financier des pays riches ;

  • le développement des droits économiques, sociaux et culturels des femmes, afin de les amener à jouer un rôle prépondérant dans la mise en place d'alternatives économiques crédibles ;

  • la recherche d’un lien entre luttes locales et globales....

Autant de débats passionnants qui permettaient de rencontrer des militantes à l'enthousiasme communicatif.

Les deux séminaires de la Marche Mondiale des Femmes (1) , co-organisés par les Marches du Mali et du Burkina Faso, "Des femmes en mouvement changent le monde" et "Les violences faites aux femmes," ont réuni beaucoup de monde et ont été très appréciés. Il était possible de voir la Courtepointe (2) en entier et tous ses petits carrés nationaux, preuves de l’assise mondiale de la Marche.

Impressionnant !

 

 

 

 

 

Le Festival africain de reggae, et Tiken Jah Fakolly

 

En marge du FSM, s’est tenu le vendredi soir le premier festival africain de reggae, avec la grande vedette Tiken Jah Fakolly. D’origine ivoirienne, il est exilé au Mali et il n’a de cesse de critiquer aussi bien les politiques des institutions internationales envers l’Afrique, que les dictateurs africains et la corruption. Il dénonce aussi le passé colonial et ses conséquences, le découpage arbitraire des frontières et l’exploitation des ressources du continent africain. Tiken Jah Fakolly œuvre aussi à l’expression de la musique africaine, et ce festival avait pour but de donner un espace à des dizaines de groupes venues de toute l’Afrique et de dépasser les clivages ethniques entretenus par certains régimes (comme en Côte d’Ivoire actuellement). Plus de 20 000 jeunes étaient présents à ce concert et chacun connaissait par cœur les paroles de Tiken, ses textes très politiques (on vous recommande son dernier disque : Coup de gueule). Il avait participé au contre sommet du G8 à Annemasse en 2003.

 

 

 

 

Cocidirail

 

Nous avons eu une rencontre importante avec Cocidirail (Collectif citoyen pour la restitution et le développement intégré du rail malien, voir ici) . Ce collectif s’est constitué suite à la privatisation du rail malien et il a la particularité de regrouper syndicalistes, usagers et élus locaux…

Il pose la question de la défense du rail comme « bien public » utile aux populations, en particulier les communautés paysannes. Son responsable, Tiécoura Traoré, militant syndical, a été licencié par la nouvelle société privatisée à cause de la lutte menée depuis deux ans par le Cocidirail. Le Cocidirail a une assise populaire importante. La délégation de Solidaires s’est engagée à faire un travail de solidarité internationale et, en particulier, à faire connaître cette lutte en France. Rappelons qu’un article concernant Cocidirail a été publié dans le premier numéro de Solidaires International. Voir : Les impacts de la privatisation des chemins de fer

 

 

Des sites à consulter pour voir des photos : www.fsmmali.org  www.altromundo.com

 

Notes

1. La Marche mondiale des femmes (MMF) est un réseau mondial d’actions féministes rassemblant près de 6 000 groupes de la base issus de 163 pays et territoires. Ces groupes agissent pour éliminer la pauvreté et la violence envers les femmes. http://www.marchemondiale.org/qui_nous_sommes/fr/

2. La courtepointe est un patchwork réalisé en 2005 par l’assemblage de différents carrés de tissus illustrant les activités de la Marche mondiale des femmes dans les différents pays.