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FSE d’Athènes (mai 2006) Une nouvelle étape pour le mouvement altermondialiste

Solidaires & Sud PTT

mise en ligne 31/01/2007

FSE d’Athènes (mai 2006) Une nouvelle étape pour le mouvement altermondialiste en Europe

Le 4e Forum social européen (FSE) a été un succès avec près de 30 000 participants, et le samedi après-midi une manifestation de 80 000 personnes contre la guerre, le néolibéralisme et le racisme. Les objectifs des organisateurs grecs ont été dépassés. En effet, le contexte politique grec est marqué par la division, voire un sectarisme très important entre les mouvements sociaux et politiques de gauche. Les cadres de travail commun n’existent pas et la mise sur pied d’un comité grec de préparation du FSE regroupant diverses composantes n’a pas été facile.

Ce forum s’est tenu sur un lieu unique, ce qui était très positif, mais avait le défaut d’éloigner les participants du centre ville et de tout quartier populaire.

 

Un des enjeux de ce 4e FSE était la nécessité de le centrer sur les questions européennes dans le contexte de crise politique de l’Europe libérale. Cet enjeu a été l’objet d’âpres discussions dans les assemblées européennes de préparation (AEP) : certaines organisations étant plus tournées sur les questions internationales et notamment la guerre. Finalement, les questions sociales et les questions européennes ont été largement présentes dans le programme. À noter aussi une participation syndicale plus large qu’à Londres en 2004 (Grèce, Belgique, Turquie, Italie, France, Balkans, Russie…).

 

De façon plus générale, ce 4e FSE a permis un réel élargissement de la base géographique du mouvement altermondialiste avec une très forte présence de délégations venues de Turquie, des Balkans et des pays de l’Est, y compris la Russie. Alors que jusqu’à présent, le FSE était très (trop) marqué par les mouvements sociaux des pays de l’Europe de l’Ouest, il s’agissait là d’une évolution importante qui a permis des rencontres directes, notamment entre syndicalistes (voir l’article sur le séminaire Est-Ouest), et surtout la définition de revendications communes.

 

Ce FSE a donné une place importante aux différents réseaux européens - éducation, santé, OMC/AGCS (1), antiguerre, Palestine, Amérique latine, No Vox (2), femmes etc. -, qui ont pu ainsi organiser leurs campagnes pour l’année à venir (voir les encadrés sur l’Assemblée des femmes et le réseau services publics). Plus que jamais donc, le FSE apparaît comme le lieu de rencontre et de convergence des différents mouvements sociaux.

 

Centré sur les séminaires auto-organisés par les mouvements, ce FSE a accordé plus d’attention aux problèmes économiques et sociaux ainsi qu’aux questions européennes. Le rejet du Traité constitutionnel européen, la lutte contre le CPE en France, la question de la précarité en Europe, les politiques économiques et sociales alternatives, les services publics et les mobilisations sociales dans de nombreux pays européens ont été fortement présents dans les débats.

 

L’Assemblée des mouvements sociaux, qui s’est tenue dans la foulée du forum, a regroupé un nombre important de militants (environ 3 000). Un texte d’appel a permis de fixer les diverses échéances de mobilisation pour 2006-2007. Cette réunion a été organisée autour des différents réseaux et des campagnes débattues pendant les trois jours du FSE. Au-delà des échéances propres à chacun des réseaux présents, a été ainsi fixé un moment de convergences des luttes au mois de juin 2007 à l’occasion du Conseil européen et du G8 qui se tiendra en Allemagne à Rostock.

L’avenir du FSE

Une des fonctions des forums est de permettre que des mouvements n’ayant ni la même histoire, ni les mêmes terrains d’intervention, pouvant même avoir des divergences politiques importantes, puissent débattre ensemble, confronter leurs points de vue et ainsi poser les bases d’un travail en commun. La préparation du FSE, pour lourde qu’elle soit, permet une élaboration politique commune, et participe donc du processus de connaissance de la réalité des autres pays européens, indispensable pour comprendre les partenaires de travail et pour pouvoir agir éventuellement avec eux. Ainsi se construit petit à petit une culture politique européenne commune, et le FSE apparaît dans ce cadre comme participant à la création d’un espace public européen.

L’objectif d’un forum social est d’abord d’être un espace de débats et de confrontation. Beaucoup reste encore à faire pour que les débats ne soient pas simplement formels et permettent une réelle confrontation : intervenants quelques fois trop nombreux, peu de travail de préparation en amont, peu de temps pour les échanges avec la salle. Cependant, le FSE a rempli malgré tout à peu près cette première fonction de tout forum social, même si la présence de délégations d’Europe du Nord a été plutôt faible.

Mais un forum social a deux autres fonctions : permettre l’élaboration d’alternatives et être un point d’appui aux mobilisations. Sur ce point, le bilan est plus mitigé. La construction d’alternatives n’est pas simplement un processus d’élaboration intellectuelle, les rayons des bibliothèques sont plein de propositions diverses. Pour qu’une proposition devienne réellement une alternative portée socialement, il faut qu’elle soit co-élaborée et appropriée par les différents mouvements. Cela demande donc du temps et de la volonté.

Les alternatives ne se créent pas pendant les forums. Les forums, et en particulier le FSE, ne peuvent être qu’un point d’aboutissement d’un processus d’élaboration que des mouvements décident de mener ensemble. L’élaboration de la Charte des principes pour une autre Europe illustre parfaitement ce propos. Elle avait commencé plusieurs mois auparavant et le FSE devait être le moment de sa proclamation. En fait cela n’a pas été possible. Le problème en l’occurrence est moins dans des divergences politiques, réelles, mais surmontables, que dans l’implication des différents mouvements à ce processus qui reste encore trop confiné à quelques individus, malgré le fait que sur le papier, un nombre important de mouvements y participe. L’implication de réseaux européens dans le FSE peut être un moyen d’élaboration d’alternatives communes. Ces réseaux travaillant entre deux FSE, il pourrait être possible de présenter et de discuter leurs propositions durant le forum.

La question des mobilisations est tout aussi problématique. Dans l’idéal, il devrait être possible de définir ensemble des priorités d’action sur des points faisant consensus. Dans la pratique, cela s’avère très difficile. Chaque mouvement a ses propres priorités qu’il considère comme plus importantes que celles des autres, ou ne peut s’engager car étant partie prenante d’organisations européennes qui ont leur propre calendrier (cas des syndicats membres de la CES). Sauf dans des cas exceptionnels, comme la décision de la journée du 15 février 2003 prise au FSE de Florence à la veille de l’intervention américaine en Irak, il est donc très difficile de se mettre d’accord sur des moments d’action qui soit communs à tous.

Lors du FSE de Londres, le travail en amont pour préparer l’AG des mouvements sociaux avait réussi à lever un certain nombre de difficultés, ce qui avait permis d’aboutir à une proposition de manifestation européenne du 19 mars 2005. Ce travail en amont n’a pas été possible pour Athènes. L’élaboration du texte d’appel et les propositions d’action y afférentes ont été extrêmement laborieuses et conflictuelles, même si, en bout de course, le texte qui en sort est globalement satisfaisant au vu du contexte et des préoccupations différentes des mouvements présents dans ce processus.

Commencer à résoudre ces difficultés est indispensable si nous voulons franchir une étape dans la construction du mouvement altermondialiste en Europe. Au-delà même de la question du rythme des forums européens et mondiaux, c’est la question de la fonction du FSE qu’il faudra discuter. Après le FSE d’Athènes, il faut poursuivre l’élargissement géographique, social et organisationnel de ce processus. Il faut surtout que le FSE soit utile pour renforcer la construction du mouvement altermondialiste européen.

 

 

Assemblée des femmes

 

Contrairement à la première assemblée de ce type lors du FSE de 2003, l’Assemblée des femmes était complètement intégrée au processus du FSE d’Athènes. Cela a pu se faire grâce aux interventions de la Marche mondiale des femmes (3) dans les Assemblées européennes de préparation (AEP), avec le soutien constant de Solidaires.

 

L’idée était d’avoir des séminaires spécifiques sur les questions d’alternatives féministes. Treize ont eu lieu au total, autour de thèmes comme la violence, les jeunes féministes, la précarité des femmes, etc. Il s’agissait également de pousser les mouvements féministes à intervenir dans les autres débats (précarité, exclusion, guerres, stratégies syndicales…). De ce point de vue, Athènes a été une vraie réussite puisque, au-delà des campagnes « femmes » proprement dites, les mouvements féministes (Marche Mondiale notamment) se sont inscrits dans les initiatives contre le travail précaire en participant au rassemblement et aux marches contre le G8 en Allemagne en 2007. De la même façon, ces mouvements comptent s’investir pour la défense des services publics, dans la mesure où l’état de ces services pèse aussi sur la situation des femmes (garde d’enfants, protection sociale…). Sur ces deux thèmes, l’engagement des syndicats de Solidaires s’est fait sous deux angles : tant dans le combat contre la précarité et la défense des services publics en général qu’au niveau de notre engagement féministe proprement dit.

 

Concrètement, l’Assemblée des femmes a été le lieu de rassemblement de tous ces séminaires, et sa déclaration finale a repris toutes les initiatives issues des différents travaux organisés autour de ce thème. Elle a, de plus, décidé de lancer le 25 novembre 2006 une grande campagne européenne contre les violences faites aux femmes, afin que soit discutée et actée une Directive européenne sur cette question. Elle a également réaffirmé la nécessité d’une campagne sur les valeurs laïques, et dénoncé l’intégration de mouvements fondamentalistes contraires aux droits des femmes dans le processus des FSE et FSM.

 

 

 

 

 

Réseau services publics

 

Solidaires, et notamment SUD-PTT et le SNUI se sont très largement investis dans la création d’un réseau services publics. Celui-ci a adopté une déclaration spécifique et un échéancier de réunions de travail et d’initiatives. Le travail avait été largement préparé en amont et les sept séminaires que les syndicats de Solidaires ont co-animé à Athènes ont permis de faire un état des lieux. Celui-ci a fait apparaître à quel point le traitement des services publics était semblable dans l’ensemble de l’Europe : déréglementation, privatisation, logique du profit, abandon de toute notion de service public.

Les thèmes de discussion étaient l’AGCS et la directive Bolkestein, le financement des services publics, la notion de services publics européens, les problèmes de concurrence et de privatisation, les notions de coopérations, etc.

La nécessité d’agir à l’échelle européenne a été également soulignée alors que jusque-là la dimension « nationale » a dominé face à une politique pourtant commune à tous les gouvernements de l’UE. De nombreuses interventions ont affirmé la nécessité d’une intervention conjointe des salariés, des usagers et des élus (notamment locaux).

Un réseau européen de défense et de développement des services publics a été mis en place, qui a adopté un texte de référence.

En ce qui concerne la France, ont participé à son élaboration le Collectif de défense et de développement des services publics (issu des mobilisations de Guéret), la CGT des services publics, Solidaires (dont Sud Ptt et le Snui), Attac, l’Aitec.

Participaient pour l’Italie Attac et la confédération Cgil, pour le Royaume Uni Unison (syndicat des services), pour l’Allemagne Ver.di (services), pour la Belgique les confédérations Csc et Fgtb, etc.

 

 

 

 

La présence de Solidaires

 

Une délégation d’environ 80 personnes était présente représentant, outre le secrétariat national un grand nombre de syndicats : Snui, Sud Ptt, Sud Santé-Sociaux, Sud Culture, Sud Anpe, Sud Aérien, Sud Trésor, Sud Cam, Snupfen, Sud Etudiant, Solidaires Paris.

 

L’apparition de Solidaires a été mieux préparée et mieux coordonnée que lors du FSE de Londres. Le stand a permis à la fois de faire connaître Solidaires et ses différents syndicats et d’être un point de rendez-vous des militants présents.

Solidaires a priorisé les thèmes suivants : services publics, santé, enjeux européens (charte de principes pour une autre Europe), femmes, précarité, solidarité est/ouest, avenir du mouvement altermondialiste et des forums sociaux,.

À noter que Solidaires a apporté son soutien financier à la participation du réseau No Vox.

 

 

Notes

1. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) sont les principaux instruments de libéralisation de l’économie mondiale, http://www.france.attac.org

2. No Vox est un réseau international de mouvements de lutte des "Sans" : sans-droit, sans-toit et mal-logé, sans-revenu et sans -emploi, sans-papier, sans-terre… ! http://www.novox.ras.eu.org/site/?lang=fr

3. La Marche mondiale des femmes (MMF) est un réseau mondial d’actions féministes rassemblant près de 6 000 groupes de la base issus de 163 pays et territoires. Ces groupes agissent pour éliminer la pauvreté et la violence envers les femmes. http://www.marchemondiale.org/qui_nous_sommes/fr/