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Pologne   Panorama syndical

mise en ligne : avril 2006

mise à jour : 25/02/2007

 

Population : 38,2 millions

Nombre de syndiqués : 1 à 2 millions suivant les sources

Taux de syndicalisation : 8 à 15% suivant les sources

LA SYNDICALISATION

Après avoir atteint un taux de syndicalisation de 80 % au moment des grandes grèves de 1980, le syndicalisme ouvrier s’est beaucoup affaibli sous l’impact de quatre phénomènes :

 

Actuellement, la syndicalisation est concentrée dans les grandes usines manufacturières et les services publics. Il n’existe pas de syndicat dans beaucoup de PME. Il est difficile d’obtenir des chiffres précis concernant le nombre de syndiqués polonais, mais on estime qu’il se situe suivant les sources à 1 ou 2 millions, contre 10 millions à Solidarnosc en 1980. En ne comptabilisant pas les retraités, le taux de syndicalisation est de 8 à 15 %.

De plus, les syndiqués sont en général plus âgés que la moyenne des salariés : 58 % d’entre eux ont plus de 40 ans. Face à cela, les confédérations les plus importantes mettent au point des stratégies pour gagner de nouveaux adhérents.

LES DIFFÉRENTES FORCES SYNDICALES

Le syndicalisme est dominé par deux grandes confédérations rivales de taille équivalente : Solidarnosc et OPZZ.

Il existe un troisième regroupement plus petit appelé le Forum ou FZZ. Viennent ensuite Solidarnosc 80, Sierpien 80, Inicjatywa pracownicza (IP), etc. On trouve aussi un grand nombre de syndicats, parfois présents sur un seul lieu de travail, qui ne sont membres d’aucune confédération mais totalisent tous ensemble un nombre significatif d’adhérents.

 

NSZZ Solidarnosc

NSZZ Solidarnosc (Syndicat Indépendant Autogéré Solidarité) est initialement né des grèves de 1980 aux chantiers navals de Gdansk, à l’époque du régime communiste. Après décembre 1981, Solidarnosc s’est retrouvé contraint d’agir dans la clandestinité. En 1982-1983, la répression est parvenue à démanteler une grande partie des structures de base. En Basse-Silésie, par exemple, les animateurs de quatre réseaux clandestins successifs ont été licenciés. La direction nationale clandestine s’est ainsi retrouvée en grande partie coupée de l’avis et de la pression de la base. En 1989, le pouvoir a ouvert avec l’opposition les « négociations de la table ronde ». Ceux qui dans Solidarnosc s’opposaient à ce processus ont été exclus du syndicat et ont crée «Solidarnosc 80».

 

Entre 1989 et 1993, de nombreux responsables de Solidarnosc se sont ensuite retrouvés à la tête d’un gouvernement qui a organisé la transition à l’économie de marché. L’influence de Solidarnosc a diminué alors considérablement dans le monde du travail, et certaines structures de base de Solidarnosc sont passées à l’OPZZ. Simultanément l’aile «libérale-moderniste» a perdu le contrôle de Solidarnosc au profit d’une aile droitière, catholique et populiste.

En 1993, l’appareil de Solidarnosc a été battu aux élections politiques, Solidarnosc a alors retrouvé une fonction revendicative, qu’elle a ensuite largement abandonnée entre 1997 et 2001, lorsque la coalition «de droite» est revenue au pouvoir. Solidarnosc n’a recommencé vraiment à revendiquer qu’entre 2001et 2005, avec le retour de la coalition «de gauche» SLD-PSL.

Aujourd’hui, Solidarnosc est malgré tout davantage un syndicat qu’un mouvement politique, même si elle conserve toujours des liens politiques étroits. Selon certaines sources, le nombres d’adhérents à Solidarnosc serait de 800 000 (moins de 400 000 selon d’autres sources).

 

OPZZ

Avec également autour de 800 000 membres (ou moins de 400 000 selon d’autres sources), OPZZ est l’autre grande confédération syndicale ouvrière. Fin 1982, avec la suspension de la loi martiale, et dans le cadre restrictif de la loi d’octobre 1982, de nouveaux syndicats ont été autorisés dans les entreprises. La direction de Solidarnosc les a boycottés, mais des militants de base de Solidarnosc les ont parfois investis. Ces syndicats ont été ensuite structurés par branche, puis confédérés en 1984 sous le nom d’OPZZ.

Alfred Miodowicz, le premier Président de l’OPZZ était bien sûr également membre du Bureau politique du POUP (Parti communiste). Mais c’était un « archéo », opposé aux réformes économiques marchandes du gouvernement. Voulant devenir autonome du POUP et de l’Etat, il a même cherché à former un parti de gauche basé sur les syndicats. Projet qui a finalement échoué. Il restera Président de l’OPZZ jusqu’en décembre 1991. Signe des temps, la Présidence a été ensuite assurée par Ewa Spychalska, une ex-militante de Solidarnosc de l’époque 1980-1981. Elle quittera ce poste pour celui d’ambassadeur en septembre 1996.

Les cadres de l’OPZZ ont moins d’expérience gréviste que ceux de Solidarnosc. Ils rêvent en général d’une cogestion à l’allemande et cherchent à ne pas trop déranger le gouvernement à chaque fois que la coalition « de gauche » est au pouvoir. Indice révélateur, au congrès national de mai 2002, la moyenne d’âge des délégués était de 52 ans.

La vie syndicale à la base est généralement faible, même s’il y a des exceptions suite à des grèves ou des luttes contre les licenciements.

 

FZZ ou « Forum syndical »

Cette confédération a environ 250 000 membres (moitié moins selon d’autres sources), soit le tiers de la taille des deux autres confédérations. Elle est fondamentalement constituée de syndicats qui ont scissionné de l’OPZZ. Une des principales raisons de la création de cette confédération est que les règles relatives à la nouvelle commission tripartite (réunissant le gouvernement, le patronat et les syndicats pour discuter de la législation future) ne tenaient compte que des confédérations ayant au moins 300 000 membres. Une série de regroupements syndicaux non confédérés se sont alors réunis pour former FZZ et avoir ainsi une place dans la commission. Le nombre de ses membres a ensuite décliné et FZZ n’a plus maintenant qu’environ 250 000 adhérents.

Forum Syndical se définit comme apolitique. Il comprend notamment en son sein un syndicat d’infirmières très revendicatif. On y trouve également ZZIT, un syndicat interprofessionnel d’ingénieurs et de techniciens.

 

Solidarnosc 80

Son nom fait référence à la grande grève générale de 1980. Cette organisation a été créée en 1989 par les militants exclus de Solidarnosc pour s’être opposés aux négociations entre le pouvoir et la direction du syndicat. Elle a ensuite évolué vers des positions comparables aux deux autres grandes confédérations.

 

Sierpien 80 (" Août 80 ")

Son nom signifie août 80, date de la grande grève générale. Sierpien 80 a été fondé en 1992 par la commission régionale de Haute-Silésie (région de Katowice) de Solidarnosc 80. Cette centrale est beaucoup plus combative que les autres confédérations.

Sierpien 80 est la troisième centrale syndicale en Haute-Silésie où elle est très influente parmi les mineurs de charbon. C’est également le principal syndicat de l’usine FIAT et du complexe sidérurgique Huta Katowice.

Au niveau national, Sierpien 80 est présent dans les télécoms, à la poste, ainsi que dans les bus et tramways de Varsovie.

Sierpien 80 a mis sur pied le Parti polonais du travail (PPP) qui a obtenu 0,54 % des suffrages exprimés aux élections législatives de septembre 2005 (http://www.inprecor.org  n° 511-512).

Président : Boguslaw Zietek.

 

« Initiative des travailleurs » (Inicjatywa pracownicza ou IP)

C’est un petit syndicat se réclamant de l’anarchisme. Il a notamment un élu dans la grande usine métallurgique «Cegielski» de Poznan où avaient démarré les grèves de 1956. Dans cette usine le représentant d’IP, un ex- de Solidarnosc 80 exclu pour sa radicalité et sa combativité, a obtenu 70 % des voix. IP a des liens avec la CNT et la CGT espagnole.

STRUCTURATION DES SYNDICATS

Les structures syndicales sont très décentralisées. Un syndicat peut être fondé par 10 salariés, et il existe des milliers de syndicats limités à un seul lieu de travail.

LES RAPPORTS ENTRE PARTIS ET SYNDICATS

D’après une étude réalisée en 2002, ces positionnements politiques se retrouvent dans l’orientation des adhérents respectifs sur le spectre politique :

 

Les liens entre le SLD (issu de l’ancien PC) et l’appareil central de l’OPZZ restent assez étroits, mais ce dernier a parfois des velléités d’indépendance. Des tensions ont été par exemple perceptibles entre responsables de l’OPZZ et du SLD lorsque ce parti a été au pouvoir :

Ce n’est pas par hasard que Josef Wiaderny, président de l’OPZZ entre 1996 et 2000, a symboliquement fait le choix de ne pas appartenir au SLD (même s’il poussait simultanément les autres responsables à le faire).

La guerre en Irak a fourni une nouvelle illustration de ces contradictions : l’OPZZ s’est déclarée opposée à la guerre, alors que le gouvernement SLD a envoyé des soldats sur place.