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Pologne

Les syndicats polonais survivront-ils ?

Boguslaw Zietek *

mise en ligne : 30/01/2007

Les syndicats polonais survivront-ils ?

 

Seulement 15 % des salariés polonais appartiennent aux divers syndicats. C’est un des taux parmi les plus bas de l’Union européenne. De plus il continue à régresser de manière systématique. Rien d’étonnant à cela : les syndicats sont inefficaces et largement ressentis par la société comme inutiles.

A quoi servent les syndicats polonais ?

Durant 16 ans, le mouvement syndical en Pologne n’a pas été capable d’élaborer des méthodes efficaces de défense des intérêts des travailleurs. Ou bien il soutenait la politique des gouvernements libéraux successifs, ou bien il se limitait à des actions défensives, dont les effets pour les travailleurs étaient désastreux. Tant « Solidarité » (1) que l’OPZZ (2) — en alternance — soutenaient « leurs » gouvernements en n’obtenant rien en échange.

Il vaut la peine de rappeler, que la réforme du système des retraites, dont le résultat fut sa privatisation ainsi que la suppression du droit à une retraite anticipée pour plus d’un million et demi de personnes, a été soutenue par « Solidarité » dont les militants échangeaient leurs fonctions syndicales contre des sièges ministériels dans le gouvernement AWS (3). Au même moment dans d’autres pays, en France par exemple, plusieurs centaines de milliers de manifestants s’opposaient à des réformes similaires. On voit là à quel point le mouvement syndical polonais est désorienté en comparaison avec celui de l’Europe occidentale.

De son côté, l’OPZZ a apporté son soutien aux gouvernements SLD (4) qui ont réalisé toute une série de réformes défavorables aux salariés, en particulier la modification extrêmement pénalisante du Code du Travail. Il semble qu’aucune des deux centrales syndicales n’ait tiré la moindre conclusion de ses erreurs passées. Aujourd’hui « Solidarité » déploie le parapluie protecteur sur les autorités du PiS (5), en répétant sans cesse qu’il faut lui laisser plus de temps et qu’il est nécessaire d’accorder un crédit de confiance au gouvernement. L’attitude de « Solidarité » lors des récentes mobilisations des travailleurs de la santé, des enseignants et des mineurs en témoigne. Pendant ce temps, l’OPZZ passe des alliances électorales, dont le parti démocrate constitue un élément significatif. Jerzy Hausner (6) et Henryka Bochniarz (7) symbolisent cette formation, qui est devenue tristement célèbre à cause de ses attaques enragées contre les droits des travailleurs, les libertés syndicales et les syndicats eux-mêmes. Les militants de l’OPZZ ne sont pas capables d’expliquer comment il est possible de simultanément passer de telles alliances et de représenter le monde du travail.

La mort clinique de cette centrale syndicale qui affirme avoir 800 000 adhérents, mais qui s’avère incapable de mobiliser même une fois par an pour la mobilisation contre le chômage qui a lieu traditionnellement le 11 avril, témoigne qu’il s’agit là d’une voie menant vers le précipice. En 2005, cette action avait été annulée du fait des fêtes. En 2006, seulement quelques centaines de personnes y ont pris part, et cela dans la seule ville de Katowice située dans le sud du pays.

Malheureusement l’attitude de « Solidarité » et de l’OPZZ ne change pas même aujourd’hui, alors que le non-respect des droits des travailleurs se généralise et que le monde du travail fait face à de nouvelles menaces.

Attendre ou agir

Depuis plusieurs mois, on sait que des modifications substantielles du droit du travail, qui limitent les droits des travailleurs et des syndicats sensés les représenter, sont en préparation. Le projet est secret et les organisations syndicales n’ont même pas été consultées. Les centrales syndicales attendent passivement la réalisation de ces inventions, telles les carpes attendant Noël (8).

On peut d’ores et déjà imaginer comment va se dérouler cette nouvelle castration des garanties protégeant les travailleurs, encore inscrites dans le Code. Le gouvernement va présenter son projet lors d’une réunion de la Commission tripartite, où il obtiendra le soutien des organisations patronales. Les syndicats représentés dans la Commission tripartite vont se plaindre un peu, et pour les amadouer on leur permettra de modifier quelques fragments non significatifs et une nouvelle limitation des droits des salariés et des syndicats sera faite.

Mais de toute façon cela ne va intéresser personne, car les syndicats sont perçus par tout le monde comme des organismes fermés, qui ne se préoccupent que de leurs propres intérêts, et même cela de manière inefficace. Les activités syndicales ne jouissent pas d’une grande légitimité, la société ne se mobilise pas pour les soutenir, car les plus grandes organisations syndicales se limitent à des activités bureaucratiques n’intéressant pas grand monde.

Le symptôme le plus criant de la crise du mouvement syndical est la généralisation des activités de nature économique mises en place par les syndicats. Les syndicalistes qui se lancent dans le business traitent leurs fonctions syndicales comme une étape sur la voie menant vers des sièges dans l’administration des entreprises ou bien — jouissant de droits à partir à la retraite — tirent profit de l’immunité qui les protège pour s’accrocher aux postes.

Si les syndicats veulent survivre, ils doivent s’ouvrir à la société. Ils doivent rompre avec l’attitude traditionnelle de limiter leur action à ce qui se passe « à l’intérieur des murs de l’entreprise ». s’emparer des questions socialement significatives et les prendre en charge en ayant quelque chose à proposer.

Lorsque les travailleurs d’une entreprise entrent dans une lutte désespérée pour défendre leurs postes de travail ou pour obtenir les salaires impayés ou encore pour modifier les conditions de travail inhumaines, ils sont en général isolés. Les centrales syndicales n’organisent pas la solidarité d’autres salariés, ne coordonnent pas les diverses luttes, ne tentent pas de les élargir aux travailleurs des autres entreprises qui font face aux mêmes problèmes. Les centrales ont oublié que la solidarité des travailleurs — entre les entreprises, entre les milieux et entre les branches — et la coordination des luttes des travailleurs, sont les fondements de l’activité du mouvement syndical et la condition de son efficacité.

Dans le piège

Les dirigeants des trois grandes confédérations syndicales n’ont pas manifesté d’intérêt pour les chômeurs, pour ceux qui émigrent afin de trouver du travail, pour les jeunes chez qui le chômage atteint près de 40 %, pour les femmes ainsi que pour d’autres milieux traditionnellement discriminés sur le marché du travail et expulsés de ce marché ou beaucoup moins bien payés. Ces bureaucraties ne s’intéressent pas aux problèmes des locataires luttant pour leurs droits. Ni à ceux des personnes employées sur la base de « contrats-poubelles » ou forcés d’être leur propre employeur, alors qu’aujourd’hui en Pologne ces derniers sont bien plus nombreux que ceux disposant de véritables contrats de travail. Ceux dont les rapports au travail correspondent au Code du Travail et aux conventions collectives sont également en minorité aujourd’hui.

Sur tous ces terrains, les syndicats n’existent tout simplement pas et n’agissent pas. Si cela ne change pas, le mouvement syndical mourra. Malheureusement les grandes centrales syndicales traitent les travailleurs, et même leurs propres membres, comme un mal nécessaire, selon le principe « un être humain c’est un problème ». Et elles ne veulent pas multiplier ce qu’elles considèrent comme des « problèmes » c’est-à-dire s’occuper des chômeurs, des salariés saisonniers et d’autres groupes sociaux privés des droits, qui ne présentent aucun intérêt à leurs yeux car ils n’appartiennent à aucun syndicat.

Ce qui s’est passé au cours de la dernière période témoigne bien de la faiblesse du mouvement syndical. De façon brutale et sans aucun égard, le droit du travail a été bafoué, des syndicalistes qui exerçaient leurs fonctions honnêtement sont licenciés sous n’importe quel prétexte. Cette offensive libérale devait montrer aux salariés que toute résistance est inefficace.

En licenciant des syndicalistes, y compris des présidents de syndicats d’entreprises, les employeurs, les investisseurs et les managers voulaient montrer aux salariés du rang qu’ils pouvaient licencier n’importe qui sans aucune raison valable. Ils voulaient démontrer une fois pour toutes que la résistance, l’organisation des protestations et la revendication conséquente de ses propres intérêts sont par avance condamnées à l’échec. Ils disaient ainsi : nous licencierons n’importe qui, même le syndicaliste protégé par la loi, et l’on ne nous fera rien pour cela. D’autant plus que nous pouvons licencier chacun d’entre vous, ou le forcer à la soumission et à signer des déclarations de loyauté (9).

Paralysie

Un mouvement syndical incapable de résister — bureaucratisé, divisé, en conflit et atomisé — n’a pas été capable de s’opposer à cette agression. L’anonymat des salariés victimes de la répression permettait aux employeurs, qui bafouaient la loi, de compter sur l’impunité. Les organisations patronales rêvent de pouvoir librement licencier n’importe qui, y compris les militants syndicaux.

Maintenant ils veulent aller plus loin. Ils veulent obtenir le droit au lock-out qui leur permettrait de licencier tous les grévistes sans aucune conséquence pour eux. Les syndicats doivent comprendre que pour défendre de manière efficace les droits des travailleurs, ils ne peuvent être assis entre deux chaises. Ils doivent rejeter les appels pour une coresponsabilité des réformes libérales, qui ne mènent à rien. Car ces réformes ne permettent pas de réduire le chômage, mais seulement d’accroître la pauvreté, elles font que les riches s’enrichissent encore plus et que les pauvres se paupérisent davantage.

À quoi servent les syndicats ?

Le rôle des syndicats n’est pas de défendre les intérêts des libéraux et des propriétaires. Ceux-ci veulent accroître à tout prix leurs bénéfices et leurs privilèges, en limitant les coûts du travail et les droits des travailleurs. Les syndicats ne sont pas les représentants des employeurs qui cherchent à convaincre les salariés de la nécessité de réformes libérales successives, de l’inévitabilité des privatisations, de la nécessité des coupes sociales et de l’autolimitation des revendications des travailleurs — autrement dit, les syndicats ne sont pas là pour convaincre les salariés de la nécessité de « se serrer davantage la ceinture » au nom de prétendus avantages mythiques dans un avenir indéfini.

Pour que les travailleurs soient convaincus de l’utilité de l’existence des syndicats, s’engagent dans leur activité et prennent part aux protestations organisées par le mouvement syndical, ils doivent se rendre compte que l’activité syndicale leur procure des avantages immédiats et visibles. On ne peut pousser les travailleurs à accepter des sacrifices, des baisses de salaires, des réductions d’emploi et, lorsque cela a été réalisé et ne leur a apporté aucun avantage, les appeler à la lutte.

Lorsque durant des années, on a enseigné aux travailleurs que la valeur suprême, c’est le compromis, il est difficile de les mobiliser ensuite pour une lutte « jusqu’au bout ». Les syndicats doivent défendre les intérêts des travailleurs fermement et de manière conséquente. Ils doivent arrêter de se laisser impressionner par la propagande néolibérale qui prône la prétendue nécessité économique de faire des concessions au capital. Laissons ces intérêts être défendus par les spécialistes de la BCC (10) et de PO (11), ainsi qu’au Parti démocrate (12) allié au SLD.

Le rôle des syndicats c’est la défense et la représentation des intérêts des travailleurs contre les intérêts du capital, et cela malgré la mode, la propagande et la pression des milieux libéraux. Les syndicats doivent aussi s’ouvrir sur de nouveaux milieux et prendre réellement en charge leurs problèmes, en devenant la force qui organise et qui soutient leur résistance.

Le succès de la jeunesse étudiante et lycéenne française n’aurait pas été possible sans la collaboration avec les syndicats, qui ont soutenu sa lutte contre le libéral « Contrat premier emploi », co-organisait les manifestations se chiffrant par millions de participants. Cette collaboration a aussi montré que le mouvement syndical peut gagner en s’engageant sur des questions qui sortent du cadre restreint des activités strictement syndicales définies de manière corporative et bureaucratique.

Ensemble

En Pologne, il n’y a toujours pas de communication entre ceux qui ont un travail - mais qui peuvent le perdre à tout moment - et leurs enfants, qui sont condamnés au chômage et à l’émigration. Pourtant, leur communauté d’intérêts est évidente. C’est pourquoi le défi qui est devant le mouvement syndical est celui de son engagement dans les luttes étudiantes et lycéennes qui commencent. Et les jeunes doivent pouvoir croire, qu’en soutenant aujourd’hui la lutte pour les droits des travailleurs, pour un bon Code du Travail, ils soutiennent la lutte pour leur propre avenir, car eux aussi seront un jour salariés.

Les syndicats doivent se préoccuper du sort des centaines de milliers de personnes qui émigrent pour trouver du travail, en les aidant à s’organiser dans la lutte pour leurs droits, en leur facilitant le contact avec les syndicats agissant en Occident. C’est aussi bien dans l’intérêt des syndicats occidentaux, qui doivent se défendre contre la dégradation de leurs conditions de travail et de salaires, que dans l’intérêt des salariés polonais, car lorsque ces émigrés reviendront, ils auront acquis une riche expérience de lutte pour leurs conditions de travail et de salaire. Bientôt nous devrons faire face à un problème similaire - l’afflux de la main d’œuvre venant de pays situés à l’Est de la Pologne - et nous devrons de la même façon aider ces travailleurs à lutter pour leurs droits dans notre pays.

Le mouvement syndical doit finalement intégrer dans son action les millions de chômeurs. Ils ne peuvent pas être traités par ceux qui ont un emploi comme des concurrents dans la lutte pour les postes de travail. Une telle lutte fratricide ne sert qu’à ceux qui, en développant la peur face à l’immensité du chômage, imposent aux salariés des conditions de travail et de salaire de plus en plus mauvaises. Il faut avoir pour les chômeurs une offre concrète de lutte commune pour transformer leur sort. Cela ne sera pas possible sans la collaboration entre les syndicats, qui doivent mettre de côté fausses divisions et animosités. Les étiquettes et les trajectoires historiques (13) n’ont pas de sens ici. La division ne peut être fondée que sur une chose : il y a ceux dont les droits sont bafoués et limités, et ceux qui en tirent profit. Et dans cette lutte, il faut choisir son camp.

En avant

Sans unité d’action, nous serons tous perdants. Mais la collaboration entre les syndicats est également nécessaire à l’échelle internationale. La main d’œuvre bon marché continuera d’affluer dans les États fondateurs de l’Union européenne tant que la disproportion salariale entre les différents pays ne sera pas liquidée. Tant que le salaire minimal en Pologne sera six fois inférieur au salaire minimal en France, en Grande-Bretagne ou en Irlande, et quatre fois inférieur à celui de la Grèce, il y a aura une vague d’émigration de masse de Polonais prêts à travailler pour le tiers ou la moitié du salaire occidental. Aussi longtemps qu’en Pologne il y aura près de trois millions de chômeurs, dont 90 % privés de toute allocation, un demi-million de jeunes, bien instruits et prêts à prendre n’importe quel travail en Occident à n’importe quel prix, émigreront chaque année de Pologne pour gagner leur pain. Sans collaboration internationale, le mouvement syndical ne pourra pas s’en sortir — ni le faible mouvement syndical en Pologne ni celui, plus fort, en Europe occidentale.

La naissance du Comité de soutien et de défense des travailleurs réprimés (KPiORP) (14) constitue un changement dans la manière d’agir des syndicats. Elle y apporte un contenu nouveau. L’élargissement des terrains d’actions et l’unité dans l’action non seulement de divers syndicats, mais aussi de ceux qui jusque-là n’avaient pas de rapports avec l’activité syndicale.

Le comité a déjà noué des liens de coopération avec des syndicats occidentaux très intéressés par des actions de défense des intérêts des travailleurs saisonniers et par la collaboration en défense des travailleurs polonais dans les pays où ils trouvent un emploi. Le comité a montré qu’il était possible de s’opposer efficacement au non-respect des droits des travailleurs par les employeurs et de créer les conditions permettant de passer à la contre-offensive en ce qui concerne l’exécution de ces droits. Le KPiORP a ouvert une brèche permettant la collaboration de divers syndicats, qui parfois luttaient auparavant les uns contre les autres. Il a permis qu’ils entreprennent une lutte commune et s’unifient face au danger. Contre le licenciement de Dariusz Skrzypczak de Goplana, près de mille personnes de divers syndicats, organisations sociales et organisations politiques de gauche ont manifesté dans les rues de Poznan le 3 avril 2006. La manifestation de Poznan, ce n’est pas seulement la justification de la fondation du KPiORP, qui l’a organisée seulement deux mois après sa naissance. C’est aussi la preuve que le monde du travail comprend la nécessité de la lutte commune pour ses droits.

Le KPiORP est une tentative de mobilisation de la société en défense de ses droits et de ses intérêts. Des droits des travailleurs qui ont été réduits et liquidés durant de longues années. Il s’agit d’une mobilisation de la société face aux agressions qui existent déjà et face à celles qui s’annoncent. Le KPiORP, c’est une chance pour que le monde du travail passe de la défensive à l’offensive, qui permettra d’entreprendre une lutte efficace et unifiée pour les droits des travailleurs et un ordre social meilleur.

 

* Boguslaw Zietek est président du Syndicat libre « Août 80 » (WZZ « Sierpien 80 »). Lors du FSE d’Athènes de mai 2006, il avait participé avec Sud PTT à l’animation d’un séminaire sur les relations entre salariés de l’Est et de l’Ouest. Voir www.sudptt.fr/IMG/pdf/FSEathenesSUD.pdf  Un article de ce numéro rend compte de ce séminaire. Zietek dirige par ailleurs le Parti polonais du travail (PPP), un parti en cours de construction à l’initiative de la direction syndicale, qui a obtenu plus de 145 000 voix aux élections locales de novembre 2006.

 

Rappelons qu’une chronologie sur la Pologne et un panorama du syndicalisme polonais sont parus dans le n°1 de « Solidaires International ».

 

Cet article est tiré du numéro de juin 2006 du magazine de gauche radicale Nowy Robotnik, “Nouvel Ouvrier” http://nr.freshsite.pl/  et http://pl.wikipedia.org/wiki/Nowy_Robotnik

 

La traduction et les notes de ce texte sont de Jan Malewski.

 

Notes

 

1. Le syndicat NSZZ « Solidarnosc » (« Solidarité ») a été fondé à la suite de la grève quasi-générale d’août 1980, par les comité de grève transformés en comités constitutifs du syndicat. Mis au ban à la suite du coup d’État du 13 décembre 1981, il a subi une répression efficace qui, au cours des deux premières années de clandestinité, a imposé un renouvellement quasi absolu de ses cadres et a rompu les échanges entre les groupes d’entreprises et la direction clandestine nationale. Cette dernière, encadrée par l’opposition libérale, a accepté la restauration capitaliste en échange d’élections semi-libres en 1989 et le « Solidarité » reconstitué s’est attelé à soutenir les gouvernements néolibéraux se revendiquant de la tradition de l’opposition antibureaucratique. En 1990 une partie de syndicalistes historiques, refusant ce compromis avec la bureaucratie, ont constitué le syndicat « Solidarité 80 ». En 1993, les dirigeants de « Solidarité 80 » n’ont pas pris part à la grève générale appelée par leur syndicat, que seule l’organisation régionale de Silésie a menée. C’est alors que ces derniers ont constitué le syndicat libre « Août 80 ». Alors qu’en 1981 « Solidarité » comptait près de dix millions de membres, il prétend aujourd’hui en avoir 800 000 (moins de la moitié selon d’autres sources).

2. L’Entente nationale des syndicats (OPZZ) a été fondée en novembre 1984 sur la base de la loi syndicale de 1982 (celle qui a mis fin à la légalité de « Solidarité »…). Alors que l’opposition clandestine appelait au boycott de ces syndicats, bon nombre d’anciens syndicalistes de « Solidarité » les ont rejoints au cours des années 1980, faute d’autres possibilités. L’OPZZ, très liée au régime, avait pris une certaine autonomie lorsque les projets de restauration capitaliste ont commencé à avancer, ce qui l’a affublé de l’étiquette « conservatrice ». Après 1989 l’OPZZ s’est opposé aux gouvernements se réclamant de l’opposition antibureaucratique qui restauraient le capitalisme — ce qui en a fait le premier syndicat — mais a soutenu dès 1993 ceux se réclamant de la « gauche » (tradition post-stalinienne), bien que ces gouvernements aient mené la même politique néolibérale.

3. Action électorale « Solidarité » (AWS), est la coalition des partis conservateurs néolibéraux construite à l’initiative de Marian Krzaklewski, président du syndicat « Solidarité », au pouvoir de 1997-2001. En 2001 l’AWS, qui dirigeait le gouvernement sortant, a été éliminé de la Diète, ne parvenant pas à dépasser la barrière de 7 % permettant aux coalitions de prendre part à la distribution des sièges.

4. Le SLD (Alliance de la gauche démocratique) est issu du SDRP (Parti social-démocrate de la République de Pologne), qui avait pris la suite du POUP (le Parti communiste au pouvoir de 1944 à 1989). Le SLD fait partie de l’Internationale socialiste. Il a été au pouvoir en 1993-1997 et en 2001-2005.

5. Le Parti loi et justice (PiS) a été constitué après l’échec de l’AWS aux élections de 2001. Il regroupe les conservateurs néolibéraux partisans de l’État fort. Les deux frères jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski occupent actuellement les fauteuils de Président de la République et de Premier ministre.

6. Jerzy Hausner, économiste, a été dans l’appareil central du POUP, a participé à la préparation de la restauration capitaliste, a rejoint le SLD, plusieurs fois ministre (travail, économie) néolibéral, a quitté le SLD en 2005 et pris part à la création du Parti Démocrate.

7. Henryka Bochniarz, économiste, membre du POUP de 1978 à 1990, active dans la restauration capitaliste à la tête d’entreprises de consulting, présidente du Conseil polonais du business jusqu’en 1999 puis de la Confédération des employeurs privés polonais. Candidate soutenue par le parti démocrate lors de la présidentielle de 2005, elle a recueilli 1,26 % des suffrages exprimés.

8. La carpe est le plat traditionnel du dîner de Noël en Pologne.

9. Au cours des années 1980 les directions d’entreprises et la police politique exigeaient fréquemment que les travailleurs signent des déclarations de loyauté condamnant les grèves et autres formes d’opposition. Pratique remise au goût du jour récemment par le directeur de la mine de charbon Budryk de Silésie, qui a exigé des grévistes de la faim licenciés en novembre 2005 qu’ils signent une déclaration proclamant que leur grève était illégale pour les réintégrer.

10. Business Centre Club (BBC), fondé en 1991, regroupe plus de 1200 entreprises privées. Se concentre sur le lobbying.

11. Plate-forme civique (PO), actuellement principal parti de l’opposition, ultra-libérale, fondé en janvier 2001 pour l’essentiel par des politiciens issus de l’Union de la liberté (UW).

12. Le Parti démocrate (PD) a été constitué en mai 2005 par les politiciens de l’Union de la liberté décadente et des transfuges du SLD.

13. La division idéologico historique entre « Solidarité » (aujourd’hui dominé par une droite anticommuniste) et l’OPZZ (aujourd’hui tenu par un appareil dépendant du SLD) sert de prétexte au refus de l’unité d’action aux dirigeants de ces deux centrales syndicales (mais, à la base, l’unité se réalise parfois).

14. Le Comité de soutien et de défense des travailleurs réprimés (KPiORP) a été constitué le 21 janvier 2006 pour défendre les syndicalistes licenciés : Krzysztof Labadz, dirigeant du syndicat « Août 80 » dans la mine de charbon Budryk, Dariusz Skrzypczak, dirigeant de « Solidarité » dans la fabrique de biscuits Goplana de Poznan et Slawomir Kaczmarek de l’organisation syndicale Initiative des travailleurs (OZZ IP, anarcho-syndicaliste) de l’Uniontex à Lodz. Depuis sa constitution, il a organisé plusieurs manifestations nationales, a réussi à obtenir la réintégration des mineurs de Budryk licenciés (et la destitution du directeur…), celle de D. Skrzypczak à Poznan (après une manifestation de plus de 1000 personnes le 3 avril), d’empêcher la privatisation d’une entreprise à Kielce (manifestation le 11 mai)... Il a co-organisé les manifestations pour une éducation laïque, des études gratuites et l’État social (2500 personnes à Varsovie le 24 juin) et pour la légalisation de l’avortement (plusieurs centaines de personnes à Varsovie sous la neige le 4 novembre).