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Pays-Bas LE MOUVEMENT SYNDICAL, PARTIE INTÉGRANTE DU POLDERMODEL

mise à jour : avril 2006

 

LE MOUVEMENT SYNDICAL, PARTIE INTÉGRANTE DU POLDERMODEL

 

 

Article écrit à la demande de Solidaires par Saskia Boumans

Saskia Boumans travaille pour TIE (5)

L’auteur remercie Lot van Baaren et Willem Bos (6) pour leur contributions.

 

C´est le populiste de droite Pim Fortuyn 1 qui a donné son visage à l´histoire récente des Pays-Bas. Il prétendait combattre « l´ordre établi dont la politique avait tourné en champ de ruines ». Le bilan, trois années plus tard, est impressionnant : deux assassinats politiques, le gouvernement le plus à droite depuis la deuxième guerre mondiale, la manifestation syndicale la plus importante de l’histoire du pays, et un « non » massif lors du premier référendum jamais organisé aux Pays-Bas. Une succession d´évènements remarquables. Dans cet article, nous essaierons de donner quelques éclairages sur l´arrière-fond de ces turbulences, en nous concentrant sur la position du mouvement syndical et sur les rapports entre ces évènements et l’évolution de l´Union européenne.

 

LE REJET DU PROJET DE CONSTITUTION EUROPÉENNE

 

Ce récent évènement a profondément marqué ce pays jadis loué (ou honni) pour sa paix sociale.

La position adoptée par le mouvement syndical lors de cette campagne est typique des Pays-Bas. Aucune des trois confédérations n´a donné de consigne de vote lors du référendum. Toutes les trois l’ont fait en donnant des explications semblables à celles de la FNV, la confédération de loin la plus importante : « La FNV a décidé de ne pas donner de consigne de vote, mais considère néanmoins que du point de vue socio-économique la Constitution européenne constitue un progrès par rapport aux traités existants. » La participation du président sortant de la FNV Lodewijk de Waal à la campagne gouvernementale pour le oui (« mais je suis pour ») dépassait néanmoins les bornes, et le Conseil de la Confédération lui a demandé de s´expliquer. La décision de la FNV de ne pas donner de consigne de vote s´est faite attendre relativement longtemps. Lorsque le référendum a été annoncé, tout le monde était convaincu qu´il s´agissait d’une simple formalité. La FNV ne cachait pas son appui au projet de Constitution : « La FNV est un grand partisan du projet de Constitution ». Ce n´est qu´ensuite que cette position a commencé á évoluer. Le fait qu´une partie de la base syndicale était sensible aux arguments contre la Constitution, avancés par la droite populiste, a sans doute joué un rôle. Mais un autre facteur a joué : ce sont les débats en amont de la manifestation syndicale européenne du 19 mars 2005, à laquelle un nombre sans précédent de militants syndicaux néerlandais a participé. Comme presque toutes les grandes organisations qui structurent la société hollandaise, les syndicats aussi étaient marqués par la distance entre le positionnement des dirigeants et l´opinion des membres. La base du syndicat chrétien et conservateur CNV a voté contre le projet de Constitution avec une courte majorité de 52,8%, d´après un sondage sur le propre site du syndicat. Les membres de la FNV ont voté à 65,5% “Non”, ce qui correspond presque à la moyenne nationale. Willem Bos, président du Comité national « Non à la Constitution » a dit que ce résultat « démontre la mesure dans laquelle le mouvement syndical hollandais est intégré au « poldermodel » européen, et la distance que cela a créée entre ses positions et le vécu de la plupart de ses membres. »

La FNV a réagi au résultat du référendum en disant qu´il constituait « un signal important que l’Europe doit devenir plus sociale », tout en ajoutant que les politiciens « n´ont pas facilité la tache par leur attitude arrogante ». Le Conseil du syndicat a ajouté qu´il faudra, pendant la période qui vient, communiquer beaucoup avec la base sur l´Europe et sur l´engagement du mouvement syndical.

 

L’ABSENCE D´OPPOSITION ORGANISÉE

 

Malgré cette situation, on ne peut pas prétendre qu´il y ait eu au sein du mouvement syndical une opposition organisée de militants contre la Constitution. Le petit groupe de membres et de militants qui constituent « De maat is vol » n´a pas fait grand chose à part la publication d’une déclaration sur son site web. Cette absence de véritable campagne est d´autant plus remarquable que ces militants ont bel et bien agi contre la directive Bolkestein, et que « De maat is vol » est né de la résistance victorieuse à la directive de libéralisation des ports. Les deux directives étaient des produits de l´UE au même titre que la Constitution, et les parallèles ne manquaient pas. Interpellés sur cette faiblesse, des miltants de « De Maat is vol » rétorquent que leur force est grandement surévaluée, surtout par la « gauche radicale » trop heureuse que quelque chose bouge enfin au sein du mouvement syndical.

Une initiative que l’on peut citer au sein du mouvement syndical est la pétition intitulée « syndicalistes contre la Constitution », une initiative prise par le responsable syndical du SP (Socialistische Partij 2 qu’il ne faut surtout pas confondre avec le parti travailliste PvdA 3), en réaction au rôle du président de la FNV dans la campagne pour le “Oui”. Mais cette pétition a été lancée lorsque la campagne touchait déjà à sa fin, et elle n´a pas joué de rôle significatif au-delà de l’entourage immédiat de son initiateur.

 

Hors du mouvement syndical non plus il n´y avait pas d´opposition organisée, forte et enracinée, contre la Constitution.

A droite, Wilders, le parlementaire raciste et populiste de droite, qui se réclame de l´héritage de Pim Fortuyn, et qui depuis sa dissidence des libéraux de la VVD constitue un parti à lui seul, a eu moins d´impact que prévu. Plus influent était la «Christen Unie», un parti avec un positionnement social sur le plan économique, mais très conservateur sur le plan éthique.

A gauche, c´est le Socialistische Partij (SP) qui a joué un rôle important, à la fois par le message souvent répété et à la limite du populisme « qu´il n´est pas souhaitable de transférer autant de pouvoir à l´Europe », ou « qu’avec cette Constitution le marché libre est imposé de façon incontournable ». Lors d´un sondage électoral une semaine après le référendum, c’est le SP qui est apparu comme le grand vainqueur, en augmentant son nombre de sièges par rapport au sondage précédent de 13 à 21 sièges (Il en a eu finalement 8). Le Comité « Non à la Constitution » a surtout prôné une coopération politique et économique en Europe, mais dans une Europe « sociale, pacifique, démocratique et solidaire avec le reste du monde ».

 

UN MALAISE DIFFUS

 

Même si les voix progressistes avaient un poids indiscutable parmi les « non », il semble difficile de capitaliser ce poids après le vote. Willem Bos l´explique « par l´absence de forces organisées qui peuvent prolonger cette victoire ». Contrairement à la situation en France, où le « non » peut être situé dans la prolongation d´une décennie de luttes initiée en 1995, il n´est pas possible aux Pays-Bas de construire une telle continuité avec au centre les luttes sociales. Mais le « non » n´est pas non plus le « non » élémentaire et vulgaire qu´essaient de décrire certaines médias et les autorités. Si 61% de la population a dit « non », il est certain que ce résultat a été influencé par une certaine xénophobie, la peur « des Polonais qui arrivent », et également par un rejet de l´arrogance et des intimidations des autorités qui expliquaient : « le rejet de la Constitution sera une source de nouvelles guerres ». Mais présenter ces sentiments de malaise et de craintes diffus comme le comportement d´enfants gâtés ignore la complexité de la situation.

Il est décisif de comprendre comment le « poldermodel » (voir encadré) a déterminé le climat politique et le mode des débats publics, à la fois au niveau des partis politiques et au niveau des mouvements sociaux, y compris du mouvement syndical. Les Pays-Bas sont un pays fortement dépolitisé, où une prise de position part rarement de convictions morales ou de positions de principe. Les opinions s´expriment à l´intérieur d´options gestionnaires, dont le cadre est déterminé par des considérations de faisabilité et par des marges financières données. Une opinion qui diverge de ce cadre ne peut trouver son origine que dans l´ignorance ou un manque d´information. Elle n´est jamais reconnue comme l´expression d´intérêts divergents ou d´une autre vision de la société.

L´analyse qui est faite de la majorité obtenue par le « Non » n´est qu´un exemple de plus de cette mentalité : « nous ne l´avons pas suffisamment bien expliqué ». La réaction de la FNV citée plus haut est significative à cet égard.

Une conséquence importante de ce carcan imposé à la politique est que le malaise envers la situation existante ne trouve pas de voies durables pour s´exprimer. Au lieu de celà on assiste à une succession d´éruptions de frustrations diffuses, violentes mais sans lendemain, qui prennent le mouvement social lui-même au dépourvu.

 

UN PILIER DU POLDERMODEL

 

L´histoire récente illustre comment le mouvement syndical contribue à cette impasse. Lorsque le 2 octobre 2004 une période de mobilisations au succès inattendu culminait dans la manifestation massive de 300 000 personnes contre la politique gouvernementale, le mouvement syndical lui-même était désemparé face à ce succès. Le nombre de manifestants prenait au dépourvu à la fois ses partisans et ses adversaires. Au moment même de la manifestation, les deux organisations syndicales organisatrices FNV et CNV – cette co-organisation elle-même était par ailleurs une première – ont annoncé systématiquement 150 000 manifestants. Ce n´est qu´après la manifestation qu´elles admettaient que le nombre de manifestants était en fait du double. Les résultats des négociations d´automne qui ont suivi cette manifestation ont été présentés aux adhérents comme un succès. Le référendum interne a la FNV, le troisième du genre, par lequel la FNV sollicitait l´approbation de ces résultats a dès lors donné un vote positif écrasant de 91 %. Reste à se poser la question de savoir si ce vote se justifiait : les questions litigieuses concernant l’assurance-invalidité, la réglementation du chômage et les préretraites n´ont été résolues que partiellement. De plus, ces solutions se résument à la promesse de réparer les dégâts lors des négociations sur les conventions sectorielles. En soi, on peut déjà contester cette approche de déplacer le traitement de ces questions du niveau national et législatif vers des négociations biannuelles par secteur. Surtout, on a pu en faire le bilan dès l’été : les promesses n´ont pas été tenues. Les négociations sectorielles sont entièrement bloquées. Lot van Baaren, très présente dans le mouvement syndical depuis des années, active professionnellement dans le secteur des soins de santé et engagée dans une succession d´initiatives, est surprise malgré elle. Elle nous a dit : « de l’unité qu´on a connue en automne, il ne reste pas grand chose. Chacun s´engage pour sa convention propre. Il est étonnant de constater comment la disponibilité pour l’action et la confiance en soi ont disparu et ont complètement été oubliées. Les employeurs prennent une position dure, et la plupart des membres réagissent de façon tellement craintive et tellement soumise ». Ce n’est pas vraiment une surprise : pour croire que les choses peuvent changer, il faut commencer par reconnaître qu´il existe un choix. Comme on l´a vu plus haut, cette reconnaissance est entièrement absente du débat aux Pays-Bas, où c´est la circonspection qui domine.

On comprend que le mouvement syndical ne cherche pas à modifier cette situation car il est un des piliers de ce régime. La rédaction de la revue d´opposition syndicale « Solidariteit » écrit à juste titre dans l´éditorial du livre qu´elle vient de publier : « A quelques exceptions temporaires près le mouvement syndical néerlandais a été dominé par la dimension de la concertation. Aux différents niveaux cette concertation a été centralisée par ce que sont devenus des fonctionnaires spécialisés, entraînés dans la recherche de convergences et dans la limitation de divergences face au partenaire dans la concertation ».

 

TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER MOINS

 

Néanmoins, on ne peut exclure que les événements de ces dernières années soient le prélude à des changements plus profonds des rapports entre autorités publiques, employeurs et employés. Le gouvernement actuel composé de néo-libéraux et de chrétiens conservateurs a fait signe à plusieurs reprises que de son côté il cherchait à se défaire des contraintes de la concertation et du compromis. Les mesures successives qu´elles imposent ne laissent guère de marge à l´interprétation. La justification est toujours la même : si nous voulons maintenir notre compétitivité, on ne peut que... Ou encore : si l´Union européenne ne veut pas être écrasé par les Etats-Unis ou par des économies montantes comme la Chine, nous ne pouvons que...

 

Il n´est pas possible de donner ici un aperçu complet de tout ce qui a changé dans le domaine de la politique du marché du travail ces dernières années. Mais nous pouvons indiquer trois tendances lourdes.

 

Pendant les années quatre-vingt-dix déjà il y a eu des progrès importants de la flexibilité. Les Pays-Bas sont le numéro 1 en Europe en ce qui concerne le travail flexible et le temps partiel : 43 % de la population active travaille à temps partiel, tandis que la moyenne européenne est de 18 % ; en 2000 autour de 10 % avait un contrat de travail flexible, et la même année 4 % travaillait comme intérimaire (la moyenne européenne est d’environ 1,3 %). Le premier chiffre s´explique surtout par le pourcentage important de femmes qui travaillent à temps partiel (72,8 % contre 21,5 %), ce qui à son tour s´explique par la participation historiquement basse des femmes au marché du travail.

Autre projet de flexibilisation, la diminution du salaire minimal (pour les travailleurs à partir de 23 ans) reste pour le moment un projet en préparation. Le ministre des Affaires sociales, par ailleurs ancien vice-président de la confédération syndicale CNV, veut tranformer le minimum mensuel actuel en un minimum horaire, sur base d´une semaine de 40 heures. Ceux qui travaillent au salaire minimum en ayant un contrat de 36 ou 38 heures par semaine (aux Pays-Bas, la moyenne de la durée contractuelle est de 37 heures par semaine) perdraient ainsi avec ce minimum horaire jusqu´à 10 % de leur salaire. On parle aussi de flexibiliser les possibilités de licenciement (plus vite et meilleur marché). La législation récente en France est prise ici comme exemple.

Interventions drastiques dans la réglementation concernant l´incapacité de travail, en réexaminant massivement la situation des assurés qui bénéficient d´indemnités depuis longtemps

Depuis le 1er janvier 2005 les demandeurs d´allocation chômage doivent démontrer qu’au cours de l’année écoulée ils ont travaillé 39 des 52 semaines (au lieu de 26 avant). Introduction croissante du salaire à la tâche (deux entreprises sur trois ont des systèmes de rémunération flexible), en « stimulant » les employés à participer sans cesse à de nouvelles formations et à se faire évaluer de plus en plus souvent (la société de la connaissance).

Finalement, l´objectif de faire travailler les gens plus longtemps est recherché en augmentant l’âge de départ à la retraite, en individualisant les dispositifs qui permettent de partir à la retraite plus tôt, et en expliquant que la retraite est une question que chacun doit régler pour soi-même.

 

LOBBY EUROPÉEN ET PARTENAIRES SOCIAUX

 

 Le mouvement syndical hollandais a réagi face à la plupart de ces changements surtout de façon défensive. En général, son ambition n´allait pas plus loin que d´essayer d´arrondir les angles, en proposant un échange : nous acceptons deux années de blocage salarial si vous n´y allez pas trop fort dans la législation des préretraites et de l´incapacité de travail. Un mélange d´absence de confiance en sa propre capacité à renverser la politique gouvernementale et une adhésion aux règles du jeu politique expliquent cette situation. Lorsque le gouvernement invoque la « stratégie de Lisbonne » 4 pour flexibiliser le marché du travail et modérer les salaires, la FNV critique le gouvernement qui, selon elle, interprète mal cette stratégie de Lisbonne et l´applique de façon unilatérale : « La stratégie de Lisbonne exige que tous les Etats membres souscrivent sans condition à une vision à long terme et rejettent avec force une réaction a court terme ».

Au niveau européen, la FNV oeuvre pour que la CES obtienne une position semblable a celle de la FNV aux Pays-Bas, c´est-à-dire une force qui participe à la formation d´une politique macro-économique. Le levier le plus important semble être la favorisation d´un dialogue social au niveau européen. En lisant les documents de la FNV sur l´Europe, on est frappé par l´absence de vision propre sur l´orientation à proposer pour le développement de l´Europe : « On ne peut pas encore répondre aujourd´hui a la question de ce que l´Union européenne finira par devenir. Même si, à travers des travaux de la Convention et du projet de Constitution ces plans se cristallisent de plus en plus. La FNV n´a pas de plan d´ensemble pour le futur de l´Union européenne. Il est évident que le mouvement syndical suit la discussion sur l´avenir de l´Europe avec beaucoup d´intérêt et qu´il participe au débat. En plus, la FNV participe activement au lobbying afin de donner a l´Union européenne un visage plus social. Mais nous estimons qu´il ne nous appartient pas d´avancer une vision politique, c´est une tâche qui est réservée aux politiciens. Par contre, nous estimons bien entendu qu´il est important d´obtenir une place adéquate pour le rôle et la position des partenaires sociaux a l´intérieur de la gouvernance européenne ». Un poldermodel au niveau européen ?

 

LE « POLDERMODEL »

 

Une caractéristique importante du mouvement syndical néerlandais est la longue histoire de collaboration avec les autorités et avec les employeurs. Déjà dans l’entredeux- guerres l’accent avait été mis sur la recherche d’un consensus via la concertation entre « partenaires sociaux ». Dans la période qui a suivi la deuxième guerre mondiale cela s’est concretisé par la création de deux instituts qui jouent aujourd’hui un rôle important dans la mise en place de la politique macro-économique : la «Stichting van de Arbeid» (Fondation du Travail – 1945) composée des organisations des employeurs et des salariés, et le «Sociaal Economische Raad» (Conseil socio-économique - 1950) auquel participent également des experts indépendants. A partir de 1982, cette forme de collaboration a été appelée poldermodel (modèle du polder). C’est à ce moment là qu’est conclu au sein du «Stichting van de Arbeid» l’accord de Wassenaar par lequel les organisations des travailleurs acceptent une modération salariale, décidée au niveau central, en échange de réductions du temps de travail organisées de façon décentralisée, ceci au nom de la lutte contre le chômage montant. Encore aujourd’hui, cet accord détermine les marges à l’intérieur desquelles les négociations se déroulent.

 

Cet échange n’a pas eu que des conséquences socio-économiques (vingt années de modération salariale, augmentation du travail à temps partiel et des emplois temporaires), mais a également renforcé la camisole de la concertation, du consensus et de la collaboration dans laquelle est enfermée toute la politique, y compris les mouvements sociaux. Un bon exemple de cette mentalité est le fait qu’en 1997, le président de la FNV déclarait que les syndicats ne devaient pas devenir trop grands : un mouvement syndical serait nuisible aux travailleurs vu que l’équilibre naturel entre autorités publiques, employeurs et employés se base sur la faiblesse des trois partenaires. Le clivage existant entre dirigeants nationaux en charge des négociations et les adhérents est allé en s’élargissant. La culture au sommet n’est pas celle de la base, et les adhérents de base ne se sentent pas membres d’un mouvement mais donateurs d’une association.

Ces dernières années des tentatives pour enrayer le déclin syndical ont été entreprises. Mais le type d’initiatives mises en place (proposer des contrats d’assurance, des réductions dans certains magasins, etc.) ne font que renforcer le caractère du syndicat comme organisme de services. Il en va de même des trois référendums internes auprès des membres que la FNV organisés ces dernières années, et de la mise en place de forums sur Internet pour permettre aux adhérents de s’exprimer. La « démocratie » du membre individuel qui remplit un bulletin de vote chez soi a remplacé le tissu d’instances locales et régionales où des discussions collectives étaient possibles.

 

L’OPPOSITION AU POLDERMODEL

 

 Celle-ci a du mal à se matérialiser. Le journal syndical «Solidariteit» grâce auquel l’opposition syndicale avait pu s’exprimer depuis les années 80, a cessé de paraître l’an dernier. Une autre initiative, «De maat is vol» (La coupe est pleine), composée surtout de militants syndicaux du port de Rotterdam, semble tombée en léthargie après une courte période de fortes mobilisations contre la politique gouvernementale. Entre le début de «Solidariteit» et le déclin récent de «De Maat is vol» il y a eu de nombreuses initiatives, surtout organisées par secteur (par exemple dans le secteur des soins de santé dans les années 90), et exceptionnellement autour de problématiques générales, par exemple contre les armes nucléaires pendant les années 80. Mais ces initiatives ont toujours été de courte durée.

 

Deux raisons peuvent être avancées pour expliquer (partiellement) pourquoi il n’y a jamais eu d’opposition durable au sein du mouvement syndical ou en dehors de celui-ci. Tout d’abord la culture politique aux Pays-Bas, dominée par le poldermodel déjà cité, ne favorise pas la naissance d’une opposition. Le débat politique aux Pays-Bas ne vise pas le contenu, mais se concentre sur des critères de faisabilité et de réalisme financier. Cette culture semble avoir des racines profondes dans l’histoire des Pays- Bas, et notamment dans la domination de la vie publique par des « piliers » (catholique, protestant, social-démocrate, etc.) dont les «élites», via la concertation et le compromis, s’aidaient mutuellement à se maintenir au pouvoir.

Une deuxième explication, qui revient régulièrement, est liée à l’histoire même du mouvement syndical des Pays-Bas : jusqu’aux années 40 les syndicalistes radicaux, membres d’organisations comme NAS ou EVC, et les sociaux-démocrates plus modérés affiliés à la NVV, n’ont jamais été réunis dans un mouvement syndical commun, de sorte qu’il n’y a pas eu de tradition progressiste au sein de la FNV, héritière de la NVV.

 

 

Notes

 

1) Pim Fortuyn : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pim_Fortuyn

2) SP : parti de gauche radical d'origine maoïste, où se cotoient aujourd'hui différentes sensibilités d'extrême-gauche http://en.wikipedia.org/wiki/Socialistische_Partij

3) PvdA : parti social-libéral http://en.wikipedia.org/wiki/PvdA

4) http://www.local.attac.org/attac56/article.php3?id_article=412

5) TIE (Transnationals Information Exchange) est un réseau international qui offre un espace à des militants du mouvement syndical pour échanger des informations, des opinions et des stratégies en vue du renforcement du mouvement contre le néolibéralisme. http://www.tie-netherlands.nl/wat_is_tie/french.html

6) Président du Comité Grondwet Nee (Comité Non à la Constitution)