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Mondialisation AGIR AU SEIN D'UNE MULTINATIONALE

L'EXEMPLE DE FRANCE TELECOM

mise à jour : avril 2006

 

 

Contrebalancer le pouvoir des multinationales est un enjeu fondamental pour la construction d’une alternative à la mondialisation libérale.

Enfermés dans leurs intérêts nationaux routiniers, embourbés dans les négociations entre appareils, les syndicats traditionnels ont souvent du mal à établir les contacts permettant de mobiliser les salariés de divers pays contre un même patron. Les structures syndicales internationales sont en général trop éloignées des militants présents sur le terrain.

Rien ne peut remplacer les contacts directs entre militants impliqués dans les luttes de chaque jour. C’est ce que SUD-PTT cherche à faire au sein du groupe France Télécom.

 

Paradoxalement, l’existence même de multinationales peut faciliter la construction d’un mouvement altermondialiste de lutte, enraciné dans le monde du travail :

Et cela d’autant plus que, contrairement à une idée assez répandue, les multinationales conservent une base nationale : il est possible pour les syndicalistes des pays de jouer sur les contradictions pouvant exister entre les gouvernements.

 

Les exemples des filiales allemande et sénégalaise de France Télécom, qui sont évoqués plus loin, prouvent que l’internationalisme peut avoir un impact important sur les enjeux syndicaux quotidiens.

 

C’est également cette démarche internationaliste qu’a eue la Fédération SUD-PTT en février 2003 lors d’une grève contre les licenciements à Orange Suisse (1). Dans une interview accordée au mensuel des adhérents SUD-PTT, un des principaux dirigeants de cette lutte (qui n’a malheureusement pas été victorieuse) explique :

« Les salariés suisses d’autres entreprises nous ont envoyé des messages de soutien, en particulier ceux de Swisscom, l’opérateur de télécommunications historique. Certains syndicats sont venus renforcer nos piquets. Celui de Matisa, qui fabrique des machines pour le rail, a organisé un fond de soutien financier.

La Fédération SUD nous a envoyé un message de soutien, ainsi que la plupart de ses syndicats départementaux. Les élus SUD au Conseil d’Administration du groupe France Télécom auquel nous appartenons sont intervenus auprès de Thierry Breton. Deux camarades de SUD sont venus de Belfort et Besançon. Des messages de soutien nous sont parvenus de Belgique, d’Argentine, du Chili, du Brésil, du Mexique, etc.. La CFDT nous a également envoyé un message de soutien et a écrit à la Direction d’Orange France. Un de leurs représentants est venu nous voir. Mais c’est avec SUD que nous avons eu des contacts quotidiens par mail et par téléphone. SUD a été le phare au milieu de la tempête, et nous vous en remercions du fond du cœur».

La mise en place de comités de groupe européen (2) devrait renforcer la construction de tels liens au sein de France Télécom. Reste à étendre ce genre de structure à l’ensemble de la multinationale (voir ci-joint l’appel des camarades de Sonatel Sénégal).

 

Et comment ne pas citer l’exemple de « l’Observatorio social » brésilien (3) fondé par trois confédérations syndicales : la CUT brésilienne, le DGB allemand et le FNV des Pays-Bas. Son objectif était au départ limité : il s’agissait de contraindre les multinationales allemandes et néerlandaises implantées au Brésil à respecter les engagements minimum auxquels elles avaient souscrit, ainsi que les textes signés par leurs gouvernements respectifs.

Les militants de l’Observatorio Social réalisent à ce sujet des enquêtes rigoureuses dans les filiales brésiliennes auprès de l’ensemble des parties concernées. Si la direction de la filiale ne veut pas collaborer avec eux, les syndicats allemands et hollandais interviennent alors auprès de la maison mère jusqu’à ce qu’elle donne les consignes nécessaires, quitte à saisir les médias. En attendant, l’Observatorio social mène l’enquête par ses propres moyens.

Dès que les portes des entreprises leur sont ouvertes, ses militants se font communiquer les dossiers, visitent les lieux de travail, débattent directement avec les travailleurs. Une fois cela terminé, ils demandent également à se rendre chez les sous-traitants, puis les sous-traitants des sous-traitants.

Le but est de traquer les infractions commises par les employeurs, en saisissant si besoin les médias, et de faire ensuite pression sur le donneur d’ordre pour les faire cesser. Par le biais des structures syndicales internationales, le même travail est fait dans les filiales brésilienne de multinationales originaires d’autres pays. Une étude a par exemple été réalisée concernant Light, le producteur brésilien d’électricité racheté par EDF.

 

Notes

1) http://www.sudptt.fr/Pdf/2243.pdf  http://www.sudptt.fr/Pdf/2254.pdf  http://www.sudptt.fr/Pdf/2255.pdf  http://www.sudptt.fr/Pdf/2273.pdf

2) http://www.sudptt.fr/page.php3?fond=docsChap2&id_rubrique=17&chapitre=1

3) http://www.observatoriosocial.org.br/portal/

 

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Échec à la mise en faillite de MobilCom (Allemagne)

Liens entre syndicalistes sénégalais et français du secteur des télécoms