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Corée du Sud

Compte-rendu de la visite de Solidaires d'août 2006

Annick (secrétariat national de Solidaires)

mise à jour : 25/01/2007

 

Corée du Sud

 

En août 2006, Solidaires a été invité une semaine en Corée du Sud par des syndicalistes de l’enseignement et du rail de la confédération KCTU (1). Cette invitation faisait suite à un premier contact que nous avions eu à Paris en février 2006 avec une délégation de syndicalistes coréens (santé, éducation, rail) venus dans le cadre d’un voyage d’études des mouvements sociaux et du syndicalisme en France.

Leur venue était organisée par l’ « Institute for Democratic Labor - In memory of Jun Tae-il ». Cet organisme de formation-réflexion lié à la KCTU a une certaine indépendance et un regard parfois critique sur cette confédération. Il a engagé une réflexion sur l'indépendance syndicale et sur les moyens d'améliorer la vie démocratique de la KCTU. Il cherche à favoriser la réflexion des militants syndicaux sur ces questions. L'Institut souhaite aussi appuyer les luttes sociales, et développer les contacts internationaux. Ses membres portent un grand intérêt au mouvement social en France, et en particulier à l'expérience de construction de Solidaires ainsi qu’à son projet syndical.

 

Le contexte de la Corée

 

La Corée a une identité nationale forte qui s'est construite depuis plusieurs millénaires et a survécu malgré le poids des empires chinois et japonais. Les Coréens sont très attachés à cette identité nationale.

La division actuelle du pays entre Corée du Sud (48,9 millions d’habitants) et Corée du Nord (23,1 millions d’habitants) est l'héritage de l'histoire du XXe siècle. L'occupation japonaise commencée en 1905 a pris fin en 1945. Le pays a alors été partagé en deux zones par les États-unis et l’URSS. Des luttes sociales importantes ont eu lieu dans cette période, notamment sur la question agraire. Les États-unis craignaient une avancée de la révolution communiste chinoise. En 1948, deux États ont été créés : la Corée du Nord, proche de la Chine communiste et la Corée du Sud, sous influence directe des États-unis. En 1950, la guerre de Corée démarrait : malgré un cessez-le-feu signé en 1953, elle n'est toujours pas officiellement terminée.

Depuis, la péninsule coréenne est partagée en deux, à hauteur du 38e parallèle qui est une des zones les plus militarisées au monde. Les États-unis ont maintenu une présence militaire importante depuis cette période en Corée du Sud (30 000 soldats, subordination militaire de la Corée aux États-unis en cas de guerre...). Ils ont toujours maintenu une ingérence économique et politique très grande sur le pays, considérant sa place stratégique en Asie, face à la Chine. La question de la réunification du pays reste un sujet très important de la vie politique coréenne, notamment dans les rangs des militants de gauche.

Jusqu'à la fin des années 80, la Corée du Sud a subi divers régimes autoritaires ou même dictatoriaux. Les années 70 ont été une période de forte croissance économique, avec un développement de l'industrie automobile, de l'électroménager, et de l'informatique. Cette croissance a été favorisée par une politique économique très encadrée par l'État coréen, qui a favorisé la création et le financement de grands groupes industriels nationaux.

Des luttes étudiantes et ouvrières ont eu lieu à plusieurs reprises sous la dictature dans les années 60 et 70, elles ont été durement réprimées. De nombreuses manifestations ouvrières se sont très violemment affrontées à la police, avec de nombreux morts et arrestations. Beaucoup d'ouvriers, dont des syndicalistes, se sont suicidés en s’immolant par le feu pour protester contre la dictature Ce sont les luttes syndicales qui ont permis la chute de la dictature et l'instauration d'un régime démocratique en 1988.

 

Le syndicalisme

 

C'est dans ce contexte qu'est née la KCTU en novembre 1995, qui a fédéré des centaines de syndicats locaux ou d'entreprises créés dans la lutte contre la dictature.

Les syndicats de la KCTU sont aujourd’hui à la recherche d'une nouvelle stratégie dans un contexte qui a changé : le régime dictatorial a été remplacé par un régime démocratique mettant en oeuvre des politiques libérales qui cassent les droits collectifs et les solidarités.

Il existe une autre confédération, la FKTU (2), qui était tolérée sous la dictature. Elle déclare avoir deux fois plus de membres que la KCTU. Son orientation est très modérée, même s'il existe à l'intérieur des secteurs plus radicaux.

 

En Corée, il ne peut exister qu'un syndicat par entreprise, mais une réforme est prévue pour 2007 sur ce point. Les syndicalistes rencontrés étaient très perplexes à ce sujet, car s'ils sont d'accord sur l'idée du pluralisme syndical, ils craignent des remises en cause du droit syndical existant actuellement qui déboucheraient sur une régression de la reconnaissance du fait syndical par le patronat.

 

Le contexte actuel est marqué par des politiques libérales importantes qui se traduisent, comme partout, par une remise en cause des statuts garantis et un développement de diverses formes de précarité : sous-traitance, intermittence des contrats de travail... Les inégalités se creusent et l’on assiste à l'apparition d'une classe de nouveaux riches. Des scandales financiers importants impliquent de grands patrons liés à l'Etat.

Récemment, des paysans poussés au désespoir ont protesté de façon dramatique en s’immolant par le feu pour protester contre la libéralisation totale de l'agriculture voulue par l'OMC.

 

Les rencontres

 

 

Les points de discussion

 

Les militants rencontrés, responsables nationaux ou locaux, étaient tous très bien informés de la situation sociale en France. La lutte contre le CPE a été évoquée dans tous les débats, et beaucoup ont fait référence aux grèves de 2003 sur les retraites, ainsi qu’au mouvement social de 1995. Pour beaucoup, la France est une référence importante en terme de « modèle social », de luttes sociales et de luttes contre le libéralisme.

L’expérience de construction et de fonctionnement de Solidaires, ainsi que l’histoire de ses différents syndicats les intéressaient beaucoup.

Le syndicalisme coréen, la KCTU en particulier, est confronté à plusieurs problèmes :

Les militants de la KCTU ont été très intéressés par les analyses de Solidaires, les pratiques syndicales et les luttes que nous essayons de construire, mais aussi par les interrogations que nous avons sur une série de sujets qui paraissent communs.

 

Il semble difficile pour l’instant de concrétiser ces contacts par des luttes immédiates. Mais des échanges sont possibles par secteurs professionnels, comme la santé, l'éducation et l'industrie automobile.

Pour sa part, SUD-Rail a déjà participé à des rencontres internationales avec des cheminots de la KCTU).

Il s'agit également d'apporter notre solidarité lors de luttes sociales en Corée. Il est également possible de développer des initiatives comme celle de SUD PTT en 2003 lors du voyage d'une délégation de syndicaliste de l'usine DaeWoo venus en France poursuivre leur patron qui avait quitté le pays en emportant des millions de dollars !

 

Encart : Population de la Corée du Sud : 48, 9 millions d’habitants (23,1 millions d’habitants en Corée du Nord), soit au total 10 % de plus que la France. La superficie totale des deux Etats est trois fois plus petite que celle de la France. La densité de la population qui en résulte est deux fois plus importante que la densité française au Nord et cinq fois plus au Sud. Nombre de syndiqués en Corée du Sud : environ 1,7 million Taux de syndicalisation : 12,7 % en 1995 Confédération KCTU : 574 000 membres en 1999 Confédération FKTU : 1,1 million adhérents Élections à l’Assemblée du 15 avril 2004 Orientation Score Sièges Uri Party libéral 38,3 % 152 Grand National Party conservateur 35,8 % 121 Democratic Labor Party gauche 13 % 10 (Millenium) Democratic Party libéral 7,1 % 9 United Liberal Democrats libéral-conservateur 2,8 % 4 Autres 0,3 % 3 Total 100 % 299 Des élections présidentielles sont prévues en décembre 2007. Chronologie 1910 : annexion japonaise. 1945 : fin de l’occupation par le Japon, remplacé par l’URSS au Nord et les USA au Sud. 1948 : création de deux Etats séparés. 1950-1953 : guerre de Corée, puis mise en place d’une dictature liée aux USA. 1960 : un soulèvement étudiant met fin à la dictature de Syngman Rhee. 1961 : coup d’Etat militaire du général Park Chung-Hee. 1979 : assassinat du président Park Chung-Hee. 1980 : coup d’Etat du général Chun Doo-Hwan, massacre de Gwangju. 1988 : les luttes obligent le pouvoir à organiser des élections libres.

Annick (secrétariat national de Solidaires)

 

Notes

 

1. KCTU : Confédération coréenne des syndicats qui comptait en 1999 environ 574 000 membres répartis dans plus de 1200 syndicats http://www.kctu.org/2003/html/sub_01.php  http://en.wikipedia.org/wiki/Korean_Confederation_of_Trade_Unions

2. FKTU : revendique 1,1 million d’adhérents http://www.efktu.or.kr/~fktueng/  http://en.wikipedia.org/wiki/Federation_of_Korean_Trade_Unions