Solidaire international > Burkina

 

Burkina

RÉPRESSION ANTISYNDICALE À SITARAIL

 

mise à jour : avril 2006

 

 

Dédougou Coulibaly, secrétaire général du Syndicat Libre des Cheminots du Burkina situe, pour la Revue internationale SUD-rail, le contexte de leur difficile lutte, dans laquelle le pouvoir patronal s’appuie sur quelques « syndicalistes » douteux.

 

AU DÉPART, IL Y EUT LA PRIVATISATION

 

Le 20 août 1995 a lieu la privatisation des deux sociétés nationales (Société Ivoirienne des Chemins de Fer et la Société des Chemins de Fer du Burkina) pour donner la Sitarail.

 

Deux syndicats existaient au Burkina Faso : le Syndicat National des Cheminots du Burkina avec plus de mille militants et le Comité CGTB avec environ une trentaine de militants. Signalons que ce dernier avait des relations tendues avec la direction. A l’avènement de Sitarail, le directeur général qui avait des liens avec le secrétaire général du Comité CGTB manoeuvra avec celui-ci pour une fusion de deux syndicats.

 

Le congrès unitaire se tient en 1996, à Bobo-Dioulasso pour une fusion. Alors naquit le Syndicat Unique des Travailleurs du Rail. Le président était le secrétaire général du SYNACB, le vice-président le secrétaire général du Comité CGTB.

 

A la clôture du congrès, le représentant du directeur général déclara que la naissance du SUTRAIL était une victoire de la direction générale. Cela se vérifiera plus tard.

 

Le directeur général voyant qu’il ne pouvait pas manœuvrer avec le Président du syndicat l’isola en le mutant de Ouagadougou (Burkina Faso) à Abidjan (Côte-d’Ivoire). Resta alors aux commandes du syndicat le vice-président. Sa gestion fut catastrophique en ce qu’elle a consisté à entériner toutes les décisions de la direction.

 

DES ORIENTATIONS SYNDICALES BIEN DIFFÉRENTES

 

En Août 1999, lors du congrès de Goundi, de grands désaccords apparaissent entre le président venu d’Abidjan pour la circonstance et le vice-président. Le directeur général voulait coûte que coûte imposer ce dernier comme président. Mais les militants l’exclurent de toute responsabilité dans le mouvement syndical. La direction négocia la création d’un poste de conseiller du président. Echec.

 

Juillet 2000 : congrès extraordinaire à Ouagadougou. Après l’exclusion de son pion de toutes les instances, le directeur général ne baissa pas les bras. Il mit la pression sur le président qui était à Abidjan, siège de la société, l’accusant d’être incapable de diriger un syndicat.

 

Tout le monde savait qu’un congrès extraordinaire se préparait, que le tout nouveau bureau n’arriverait pas au terme de son mandat qui est de trois ans. Le directeur général trouva un compromis avec le président en le nommant à un poste avec voiture de service et autres avantages financiers.

 

Il ne put que convoquer un congrès extraordinaire sur financement de la direction où il démissionna avec tout son bureau. Le pion du directeur général fut remis en selle. Il composa son bureau avec tous ceux qui étaient prêts à se mettre à la solde de la direction générale.

 

RÉSISTANCES …

 

Alors commença la chasse aux sorcières dans un climat de terreur. Tous ceux qui osèrent lever la voix furent mis au pas (mutation en Côte-d’ivoire, rétrogradation et même parfois licenciement).

 

Aucun problème des travailleurs n’était posé. Pas même ce fameux problème des grades réels des Burkinabé. Il faut signaler qu’à la création de Sitarail, le directeur général qui n’était autre que le directeur général de la Société ivoirienne des chemins de fer, refusa de reconnaître les avancements acquis des cheminots de la Société des chemins de fer du Burkina.

 

 Toutes les tentatives de création de nouveaux cadres de défense des intérêts des travailleurs furent sévèrement réprimées. Les cheminots vivaient une tyrannie. Tous les intérêts des travailleurs furent bafoués. Le syndicat même faisait licencier des travailleurs. Du jamais vu. Cela s’appelle, dixit le président, le «syndicalisme responsable».

 

UNE NOUVELLE DONNE

 

 En septembre 2002, c’est l’avènement de la rébellion en Côte-d’Ivoire et l’arrêt de toute circulation ferroviaire dans ce pays. Le 15 octobre, le président tint une assemblée générale à Ouagadougou où, fort de sa puissance, il voulut imposer aux Burkinabé la cession de leurs indemnités de transport aux cheminots ivoiriens. Les travailleurs refusèrent. Des voix s’élevèrent pour lui signifier qu’il ne pouvait opérer des retenues sur salaire qu’avec l’autorisation du travailleur.

 

Après cette rencontre, des travailleurs excédés se rencontrèrent secrètement dans un cadre qu’ils appelèrent comité puis l’idée de la création d’un syndicat naquit. Des contacts secrets furent pris avec quelques travailleurs de confiance et décidés.

 

Ainsi, un congrès constitutif eut lieu le 26 novembre 2002 à la surprise générale de la direction générale pour la création du Syndicat libre des cheminots du Burkina Faso (SLCB). Le 26 février 2003, le récépissé était obtenu du Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation en dépit de toutes tractations faites par le Directeur Général pour empêcher son obtention. Depuis sa création jusqu’à nos jours les rapports entre le SLCB et la direction générale et ses syndicats satellites sont exécrables.

 

En novembre 2002, tous les travailleurs de Sitarail voient leur contrat de travail suspendu pour « cas de force majeure ». Motif transformé ensuite en « non reprise normale des activités ».

 

PRÉCARITÉ ET RÉPRESSION

 

En mai 2003, lors de la reprise d’activité de Sitarail, les travailleurs sont rappelés pour des emplois temporaires. Des contrats à durée déterminée leur sont imposés : un mois de travail effectué pour quinze jours rémunérés.

 

Les militants du SLCB ne sont pas concernés par ces rappels temporaires. Pour en bénéficier, il faut accepter envoyer une lettre de démission dudit syndicat. Nous avons dénoncé ce diktat auprès du Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse.

 

Les militants du SLCB sont exclus :

 

Les responsables du SLCB ont été obligés de solliciter des aides auprès du Ministère de l’Action sociale et de la solidarité nationale qui a fait don de 5 tonnes de vivres. L’Association des maires du Burkina Faso, sollicitée, a décidé de nous accorder des vivres pour près de dix tonnes et des fournitures scolaires. Elle a, en outre, accordé des facilités d’inscriptions des enfants de cheminots dans les écoles communales. Un opérateur économique, sensibilisé par notre situation, nous a fait un don de dix tonnes de vivres en avril 2004.

 

En août 2004, le directeur général saisit le Procureur de la République pour une plainte contre le SLCB pour avoir menacé d’arrêter la circulation des trains si en septembre tous les travailleurs n’étaient pas repris dans des pleins emplois. Les membres du Bureau exécutif national ont été entendus par la Police.

 

Les travailleurs sont excédés par le comportement de la direction générale. Le trafic « voyageurs » a été sous-traité et cédé à un particulier qui a son personnel (guichetier, contrôleurs, etc.), tandis que des cheminots sont au chômage technique. Le directeur général semble narguer les travailleurs.

 

Voici, résumée en quelques mots, la situation des travailleurs et principalement les militants du Syndicat libre des cheminots du Burkina Faso.