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Algérie

La presse en Algérie

 

mise à jour : 17/01/2007

 

Revue de la presse algérienne après la visite de Solidaires en Algérie

 

Revue de presse

 

Le 2 décembre 2006, dans Alger Hebdo (voir ici) , est parue une photo de grévistes de la faim installés depuis 32 jours sur le parvis de la centrale syndicale UGTA, courroie de transmission du pouvoir. Ces salariés de l’entreprise de transports ETUSA ont finalement été « délogés » par la police à la demande du secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs des transports (FNTT-UGTA). Voilà qui illustre les difficultés des travailleurs algériens à se faire entendre de la toute puissante UGTA.

 

Le même jour dans l’Expression (voir ici), Annick Coupé, au nom de Solidaires, souligne « qu’il y a urgence à créer un syndicat fort capable de défendre les intérêts des travailleurs ».

Nombreux ont été les journalistes algériens à rendre compte de la conférence de presse organisée au siège du Snapap faisant le constat des rencontres entre la délégation de Solidaires et les syndicats autonomes algériens.

Le Jeune Indépendant titre « le syndicalisme d’accompagnement des réformes est un échec », reprenant les propos de la porte-parole de Solidaires sur la façon dont l’UGTA pense limiter les dégâts en accompagnant les réformes libérales.

La plupart des journaux algériens ont repris les accusations du Snapap sur « la mascarade d’un pacte national économique et social de quatre ans n’ayant pas été négocié avec les partenaires sociaux réellement représentatifs ». Notant que Solidaires estime «qu’il y a volonté du pouvoir d’étouffer l’expression syndicale libre et autonome » ils reprennent également les propos contre «certains cercles politiques et médiatiques français qui font le jeu du pouvoir algérien en installant un mur de silence autour de la répression des syndicalistes autonomes algériens ».

Le Jour d’Algérie titre sobrement « la situation syndicale s’est dégradée » avant de brosser le tableau du combat des différents syndicats autonomes algériens dans la Fonction publique. « Entraves, harcèlements et suspensions caractérisent le monde du travail » écrit Liberté qui souligne par ailleurs que cette rencontre Snapap – Solidaires servira de base à des actions syndicales communes dans un contexte de solidarité internationale.

 

La presse en Algérie face à la pensée unique

 

Quelle grille de lecture prendre pour une presse algérienne apparemment pluraliste et variée et dont la liberté de ton ne peut que réjouir et rassurer ? Le décodage n’est pas simple et il faut avoir en tête les enjeux du drame algérien qui se joue autour du pouvoir et du repoussoir islamiste. Qui est qui ? Qui fait quoi et pourquoi ? Ces deux questions reviennent sans cesse dans le fonctionnement de la société algérienne.

 

De façon récurrente revient le thème d’une presse qui serait l’instrument de l’affrontement entre clans, entre réseaux d’essence mafieuse organisés en communautés d’intérêts. L’indépendance de la presse se mesure dans ses relations avec le pouvoir, une partie des titres présents dans les kiosques ne vivant que grâce à la publicité d’État.

Face à la diversité des titres, à l’abondance des rubriques et à la qualité des caricatures, le lecteur a le choix. Ce choix a permis la montée en puissance de titres créés dans les années 90 par des journalistes, à l’image d’El Khabar, d’El Watan ou par une puissance financière à l’exemple de Liberté.

A l’inverse, les journaux soutenus par la publicité d’État ne connaissent pas la faveur du public. Leur qualité n’est pas en cause mais la suspicion est là.

 

Alors, quel rôle pour la presse dans un pays de la pensée unique et où la corruption a un pouvoir absolu ? Cette presse a une réelle fonction d’alerte face à une corruption admise ou tolérée. Dans ce climat de corruption, la contradiction entre la richesse du pays, due à la rente pétrolière, et la misère du peuple est fortement ressentie. S’ils peuvent lire la presse, les citoyens ne disposent ni du droit de réunion, ni du droit de manifestation.

Face au net recul des libertés publiques, la presse joue donc un rôle essentiel. Tous les syndicats autonomes rencontrés en Algérie témoignent de son implication à révéler les luttes sociales et les luttes pour les libertés syndicales.

 

La Ligue des droits de l’homme, née dans la clandestinité, dénonce un « état d’urgence permanent » et une politique qui a le soutien du gouvernement français. « Le mouvement social en Algérie est en danger » note le rédacteur en chef d’El Watan. Pour sa part, le directeur de la publication d’El Khabar ne manque pas d’exemples montrant comment la justice est utilisée pour maintenir la pression contre la presse, coupable d’être « un petit îlot de démocratie en Algérie ». Dès qu’il s’agit de plaintes contre la presse tout est recevable et ce directeur collectionne 122 procès, la majorité pour diffamation contre le régime ou ses soutiens.

Persécutions, harcèlement, un univers où aucune communication officielle n’est crédible, où l’accès à l’information est difficile, où les lois sur la presse ont été durcies.

 

Voilà le quotidien des journalistes algériens dont la condition est loin d’être enviable.

 

La presse en chiffres

 

Depuis 2001 plus de 300 procès ont été faits aux journalistes, l’un d’entre eux se terminant par la fermeture du Matin d’Alger.

 

On compte près de 50 quotidiens en Algérie avec deux fortes concentrations à Alger et à Oran. Le nombre de ces titres ne reflète pas la diversité car plus de 30 d’entre eux sont peu ou prou sous le contrôle de l’État ou du secteur parapublic. La presse quotidienne compte environ 1,5 million de lecteurs, 85 % des achats se portant sur 5 à 6 titres qui s’inscrivent dans un espace de débat pour la démocratie.